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Famille de la semaine

Bérubé

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Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) 

 

À l’époque de la Nouvelle-France, le destin des veuves préoccupait l’Église. Ces femmes ayant « connu la chair », elles pouvaient distraire certains maris volages et troubler le bon ordre des familles… Deux choix s’offraient à elles : se remarier ou se consacrer aux bonnes œuvres.

 

L’ancêtre de tous les Bérubé du Québec se prénommait Damien. Originaire de Rocquefort, un village de la Haute-Normandie, il naît en 1647 et émigre en Nouvelle-France en 1671 à l’âge de 24 ans. Trois ans plus tard, on lui concède une terre de 12 arpents à Rivière-Ouelle, à mi-chemin entre La Pocatière et Kamouraska, ce qui explique pourquoi de nombreux Bérubé, dont l’actuel ministre du Tourisme (Pascal Bérubé), sont originaires du Bas-du-fleuve.

 

Le 22 août 1679, Damien Bérubé épouse Jeanne Savonnet, née à Paris autour de 1650. Son cas est intéressant puisque, veuve à deux reprises, la femme du premier Bérubé s’est mariée trois fois. Avant d’épouser ce dernier, elle avait été la femme de Jean Soucy dit Lavigne, avec qui elle avait eu 4 enfants. Après la mort de Damien, avec qui elle aura six enfants, elle épousera François Miville et donnera naissance à une fille. En somme, une vie bien remplie : trois maris, onze enfants !

 

Mécanique du remariage !

 

À l’époque de la Nouvelle-France, les mariages de veuves étaient surveillés de près par la communauté. Pour que ses remariages soient acceptés et respectés de tous, la veuve du premier Bérubé a probablement dû respecter au moins trois conditions.

 

D’abord obtenir un certificat qui attestait de la mort du conjoint. Ce bout de papier était surtout important pour les femmes et les hommes qui débarquaient de France. On voulait éviter que ces nouveaux mariés aient laissé derrière eux un conjoint et des enfants.

 

Ensuite, il était préférable de se marier au moins un an après la mort du dernier conjoint. Pour montrer que l’on vivait le deuil du défunt, pour respecter son honneur, mais surtout parce qu’on voulait éviter la confusion sur la paternité du premier enfant à naître.

 

Enfin, il était préférable que l’écart d’âge entre les époux n’excède pas 10 ans. Cette règle visait surtout les veufs tentés d’épouser des femmes beaucoup plus jeunes. Au début du 17e siècle, de telles unions choquaient moins car les femmes étaient très rares dans la colonie. Mais avec le temps, ces secondes noces pouvaient provoquer des « charivaris », c’est-à-dire du tapage nocturne autour de la maison de nouveaux mariés. Ces manifestations populaires étaient très humiliantes.

 

Quelle vocation pour les veuves ?

 

Si les veufs de la Nouvelle-France se remariaient rapidement, tel n’était pas toujours le cas des veuves. Plus elles avançaient en âge, moins elles étaient nombreuses à trouver un mari, même celles qui possédaient des biens ou disposaient de revenus intéressants.

 

Comme l’explique l’historienne Josette Brun, l’Église n’encourageait guère les veuves qui dépassaient la quarantaine à se remarier. Après tout, le but du mariage n’était-il pas de faire des enfants ? Ce qu’espérait l’Église, c’est que ces veuves au mitan de la vie, à l’instar de Marie Guyart, Jeanne Mance ou Madame de La Peltrie, choisissent la chasteté et consacrent le reste de leur vie aux bonnes œuvres.

 

Cela dit, les veuves qui ne souhaitaient ni se remarier ni se consacrer aux bonnes œuvres étaient protégées par les lois de Nouvelle-France. Par exemple, celles qui héritaient d’un commerce pouvaient agir en toute liberté.

 

En se mariant à trois reprises, la veuve des Bérubé n’a pas nécessairement défié les conventions mais elle a sûrement dû jouer de prudence. Le petit monde de la Nouvelle-France l’avait bien à l’œil !

 

(Josette Brun, Vie et mort du couple en Nouvelle-France, McGill-Queen’s University Press, 2006. Pour en connaître davantage sur cette famille, consulter l’excellent site web de « l’Association des familles Bérubé » : www.berrubey.com )