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Famille de la semaine

Beaudoin

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Chronique

 

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ)

 

Religion et politique n’ont jamais fait bon ménage. Lorsqu’un État tombe sous la coupe d’esprits dogmatiques, son peuple en paie le prix. La plupart des historiens le confirment : si la France du Cardinal de Richelieu n’avait pas été aussi intransigeante, le sort de la culture française en Amérique aurait été bien différent.

 

Parmi les ancêtres de la famille Beaudoin, quelques-uns sont originaires de la magnifique ville portuaire de La Rochelle, située dans le sud-ouest de la France. L’un d’eux, Jacques Beaudoin (1645-1708), est engagé comme domestique et s’installe en Nouvelle-France au milieu des années 1660. On sait peu de choses de lui sinon qu’il épousa Françoise Durand et vécut à l’île d’Orléans. Détail intéressant, ce pionnier n’était pas catholique mais protestant.

 

La décision de Richelieu…

 

Pendant toute la moitié du 16e siècle, la France est déchirée par des guerres de religions très meurtrières entre des catholiques et des protestants qui avaient du christianisme des visions bien différentes. L’arrivée du roi Henri IV sur le trône de France en 1589 calme les esprits pour un moment.

Au tout début de la colonie, on fait donc preuve de tolérance à l’égard des protestants. Quelques-uns jouent d’ailleurs un rôle clef au tout début du 17e siècle. Parmi eux, Pierre Chauvin fonde un premier poste de traite à Tadoussac, Pierre Du Gua de Monts soutient les premières expéditions du grand Samuel de Champlain, lui-même né protestant mais converti au catholicisme.

 

Cette ère d’ouverture et de concorde prend fin brutalement lors de l’arrivée au pouvoir du cardinal de Richelieu. Homme de confiance du jeune roi Louis XIII, Richelieu force les protestants à entrer dans le rang et à se convertir au catholicisme.

 

Cet homme politique n’a pas froid aux yeux. En 1627, il assiège La Rochelle pendant plusieurs mois, ce qui prive ses habitants de vivres. La même année, il fonde une nouvelle compagnie qui aura le monopole de la traite des fourrures en Nouvelle-France. Dans la charte de cette compagnie dite des Cent Associés, il est clairement écrit que les protestants sont bannis de la colonie.

 

Malgré cette interdiction formelle, estime l’historien Marc-André Bédard, environ 850 protestants viendront en Nouvelle-France. Parmi eux, Jacques Beaudoin mais aussi mon ancêtre Isaac Bédard. La plupart vont abjurer leur foi et se convertir au catholicisme dès leur arrivée dans la colonie, certains pratiqueront leur culte dans la clandestinité, d’autres iront vivre dans les colonies anglaises.

 

...et ses lourdes conséquences

 

Si les Anglais et les Français firent preuve d’intolérance religieuse au 17e siècle, ils eurent des politiques coloniales diamétralement opposées. Pendant que la France bloquait l’accès de la Nouvelle-France à sa plus importante minorité religieuse, l’Angleterre encourageait ses dissidents religieux à fonder leur propre colonie en Amérique du nord.

 

Cette politique française privera la Nouvelle-France de très nombreux immigrés. Si la colonie avait accueilli un quart des quelque 200 000 protestants qui fuirent la France du 17e siècle, l’équilibre démographique et culturel du continent nord-américain eut été complètement transformé.

 

Selon l’historienne Leslie Choquette, cette interdiction des protestants fut « probablement la plus grave erreur de l’État sous le régime français ». « En fermant le Canada au flot des [protestants] qui se sont réfugiés dans le nord de l’Europe (…) la France a enterré son seul espoir d’émigration de masse ».

 

Protestant engagé, Jean-Louis Lalonde va plus loin. Davantage ouverts que les catholiques au commerce, les protestants auraient selon lui rendu la colonie plus prospère. Critique d’un clergé qui proposait aux fidèles leurs propres interprétations des saintes écritures, les protestants auraient également fondé plus d’écoles. Ils souhaitaient en effet que chaque croyant puisse accéder directement, grâce à une lecture assidue de la bible, aux évangiles.

 

(Leslie Choquette, De Français à paysans, Septentrion, 2001 ; Jean-Louis Lalonde, Des loups dans la bergerie. Les protestants de langue française au Québec, 1534-2000, Fides, 2002.)