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Famille de la semaine

Bilodeau

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Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) 

De 1861 à 1865, les États-Unis sont plongés dans une terrible guerre civile qui oppose le Nord et le Sud. L’enjeu ? L’esclavage des noirs, que les Nordistes veulent abolir à tout prix. Dans leur armée, plusieurs milliers de Canadiens français. Qui étaient-ils et quelles étaient leurs motivations ?

Trois Bilodeau émigrent en Nouvelle-France au milieu du 17e siècle. L’un d’eux, Jérôme, arrive en 1657 mais repart quinze ans plus tard sans laisser de descendance. Une autre, Jeanne, une fille du roi, se marie en 1664 avec un certain Pierre Couillard et change de nom. C’est le troisième, Jacques, arrivé vers 1652, qui est l’ancêtre de tous les Bilodeau du Québec.

Celui-ci marie Geneviève Longchamp en 1654 et s’installe à l’Île d’Orléans deux ans plus tard. Dans les documents officiels de l’époque, il signe « Billaudeau ». Le couple aura sept enfants dont cinq garçons qui transmettront le patronyme. Gros travailleur, l’ancêtre des Bilodeau agrandit sa ferme, achète des animaux, embauche deux domestiques. Avant de s’éteindre en 1712, il cède sa terre à ses fils Simon et Antoine.

Parmi ses nombreux descendants, un certain Charles Bilodeau, sur lequel on sait peu de choses sinon qu’il fut l’un des soldats des armées du président américain Abraham Lincoln qui combattirent le Sud esclavagiste.

Causes de la guerre

Une guerre civile ravage les États-Unis entre 1861 et 1865. Ce pays compte alors un peu plus de 30 millions d’habitants. Si on additionne les effectifs des armées du Nord et du Sud, c’est plus de 4 millions d’hommes qui prennent part au combat et 620 000 qui y laissent leur peau. Une saignée terrible qui annonce les boucheries du 20e siècle. La première guerre de l’ère industrielle.

Les causes de cette guerre sont multiples et pas seulement morales. Le Nord s’industrialise plus rapidement et réclame des mesures protectionnistes alors que l’économie du Sud dépend toujours de l’agriculture, des marchés étrangers et d’une main-d’œuvre esclave pour se développer. Le Nord croit que le gouvernement fédéral a le dernier mot sur les grandes décisions alors que Sud estime que la véritable souveraineté appartient aux États.

Avec ses 21 millions d’habitants, son industrie et ses chemins de fer, le Nord était certain de l’emporter facilement. Mais la guerre sera longue car les meilleurs généraux formés à West Point choisiront de servir le Sud esclavagiste.

Chair à canon

Selon l’historien Jean Lamarre, entre 12 500 et 20 000 volontaires canadiens-français vont combattre les armées du Sud. Célibataire pour la plupart, ils ont en moyenne 25 ans et sont des journaliers illettrés – 90% d’entre eux sont incapables de signer leur nom sur le contrat d’engagement.

Ces sans-grades viennent tout juste de s’installer en Nouvelle-Angleterre ou dans le Midwest et veulent montrer qu’ils sont de bons patriotes américains. D’autres fuient la misère de leur pays d’origine et rêvent d’aventure. Tous déchantent vite cependant.

Dans son journal de campagne, Charles Bilodeau raconte la dure vie des soldats, souvent obligés de dormir par terre, dans la neige et la boue. Lui-même est atteint du « typhus typhoïde ». Une guerre sale, sans pitié.

À mesure que le conflit avance, les volontaires se font plus rares. Le 3 mars 1863, c’est la « conscription », tous les hommes en âge de combattre doivent servir sous les drapeaux. La mesure provoque une émeute dans les quartiers pauvres de New York.

Si plusieurs Canadiens français prennent part à des batailles célèbres, dont celle de Gettysburg (juillet 1863), d’autres désertent. Jusqu’à 40% d’entre eux vont en effet rompre les rangs vers la fin du conflit.

Même si la cause était noble, ne les jugeons pas trop vite. Qui d’entre nous accepteraient aujourd’hui de vivre un tel enfer ?

(Jean Lamarre, Les Canadiens français et la guerre de sécession, VLB, 2006. Pour en connaître davantage sur cette famille : www.famillesbilodeau.com )