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Famille de la semaine

Caron

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Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) |  HYPERLINK "mailto:eric.bedard@quebecormedia.com" eric.bedard@quebecormedia.com

Deux Caron ont marqué l’histoire de Québec et de Montréal. Le premier, un politicien, a combattu l’épidémie du choléra et géré un terrible incendie alors que le second, un juge, s’est attaqué aux liens troubles entre le crime organisé et la police. 

Comme nous l’explique Claude Caron dans sa Généalogie des Caron d’Amérique (1989), l’un des pères Récollet qui s’installe en Nouvelle-France en 1612 se nomme « Le Caron ». Robert Caron est cependant le premier à laisser une descendance. Né vers 1613, il traverse l’Atlantique en 1634 et se marie à Marie Crevet en 1637. Un cultivateur relativement prospère, si l’on se fie à la jolie dot remise à Jean Picard, l’époux de Marie Caron, sa fille aînée. 

Catastrophes à Québec

Parmi les illustres descendants de cette famille, René-Édouard Caron (1800-1876) marque la vie politique du 19e siècle. Cet avocat originaire de Sainte-Anne-de-Beaupré devient le deuxième maire de l’histoire de Québec en 1834. Les conseillers municipaux le préfèrent alors à Elzéar Bédard, jugé trop proche des idées radicales du Montréalais Louis-Joseph Papineau. 

René-Édouard Caron est un modéré. Favorable aux 92 Résolutions du Parti patriote qui prônent une démocratisation de la colonie et signataire d’une pétition contre l’Acte d’Union de 1840, il reste un homme de compromis et de conciliation. 

Ses talents de rassembleur sont essentiels lors de la seconde épidémie de choléra qui fauche de nombreux concitoyens durant les mois de juillet et d’août 1834. Il doit également coordonner l’aide aux milliers de personnes des quartiers Saint-Roch et Saint-Jean touchés par les gigantesques incendies de juin 1845. 

À l’époque, une infime minorité des habitants dispose d’une assurance. Grâce à ses entrées et à ses talents de médiateurs, Caron convainc le gouvernement de la colonie de contracter un emprunt de 400 000 $ pour reconstruire la ville.

Ripoux démasqués

Un siècle plus tard, c’est au tour du juge François Caron (1925-1957) de se distinguer. En 1950, on lui confie l’une des commissions d’enquête les plus importantes de l’histoire de Montréal.

De novembre 1949 à février 1950, Le Devoir publie une série d’articles de Pacifique Plante, un ancien enquêteur de l’escouade de la moralité démis de ses fonctions. On y apprend que la pègre, qui contrôle la prostitution et le jeu, est de mèche avec la police, que les tenancières des 75 bordels et les responsables des 60 maisons de paris sur course sont avertis avant les descentes, que des cadenas sont placés sur des portes fictives.

Ces révélations font sensation ! Appuyé par Paul-Émile Léger, le nouvel archevêque de Montréal, les Ligues du Sacré-Cœur partent en croisade contre ce vice organisé. Avec le soutien de plusieurs citoyens montréalais indignés, Léon Patenaude fonde un Comité de moralité publique qui se transformera en Ligue d’action civique. Le jeune avocat Jean Drapeau est recruté pour documenter l’imposant dossier déposé devant la Commission présidée par le juge Caron.

Celle-ci débute ses travaux le 11 septembre 1950. Interrompu à quelques reprises, la commission tient 355 séances et reçoit 373 témoins : des tenanciers, des croupiers et des policiers qui confirment les révélations de « Pax » Plante. François Caron rend son jugement le 8 octobre 1954, en pleine campagne électorale mmontréalaise. 

Il ne mâche pas ses mots ! En plus de blâmer directement Albert Langlois, le directeur de la police, il dénonce la complicité de l’escouade de la moralité avec le crime organisé. Plusieurs policiers sont ciblés du doigt. Selon le juge Caron, aucune preuve ne démontrait hors de tout doute l’implication du maire Camilien Houde ou des membres du comité exécutif de la ville.

Si elle est exonérée, l’administration sortante est terriblement entachée par le rapport Caron. Voilà pourquoi, le 28 octobre 1954, Jean Drapeau, le candidat à la mairie de la Ligue d’action civique, remporte une victoire éclatante. 

Pour Montréal, c’est une nouvelle ère qui commence !