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Famille de la semaine

Cohen

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Chronique

 

 

 

 

Éric Bédard, Historien et professeur  

 

La voix est chaude, la prose profonde, l’homme mystérieux. Leonard Cohen a grandi à Montréal, parcouru le monde, écrit des chansons inoubliables. Sa famille et sa jeunesse éclairent une partie moins connue de notre histoire.

 

La famille Cohen appartient à la communauté juive. Il existe une petite auréole autour de ce patronyme puisqu’il signifie « prêtre ». Lors du recensement canadien de 1901, 156 Cohen vivent au Québec.

 

Fuir les pogroms

 

Jusque tard au 19e siècle, la communauté juive du Québec était minuscule. Quelques Juifs avaient accompagné les troupes anglaises qui allaient conquérir la Nouvelle-France. S’ils vont grossir les rangs de la minorité anglophone, ces Hart et ces Jacobs voient leurs droits politiques reconnus dès 1832 par la majorité francophone.

 

À partir de 1870, une deuxième vague d’immigration juive choisit le Québec. Ces nouveaux arrivants fuient les terribles massacres perpétrés contre eux en Russie. De 1891 à 1931, la communauté juive de Montréal passe de 2 700 à plus de 60 000 personnes.

 

Comme l’explique l’historien Pierre Anctil, ces Juifs d’Europe de l’est étaient très différents des premiers Juifs arrivés au 18e siècle. C’est que la grande majorité d’entre eux parlaient le yiddish. Au début du 20e siècle, le yiddish devient la troisième langue la plus importante à Montréal. Aussi, plusieurs de ces Juifs sont clairement de gauche. Certains militent dans les syndicats, d’autres font la promotion du communisme ou de l’anarchisme.

 

S’ils apportent avec eux une culture différente et des idées parfois subversives, ces Juifs semblent s’être senti les bienvenues au Québec. « Durant la période de la grande migration, les Juifs fraîchement arrivés furent très bien accueillis par les francophones des villes et des bourgades de la province de Québec », écrit Israël Medresh dans Le Montréal juif d’autrefois (Septentrion, p. 178), un ouvrage paru en yiddish en 1947.

 

Suzanne

 

Leornard Cohen est le produit de cette deuxième vague d’immigration juive. Né en 1847, son arrière-grand-père Lazarus avait fui la Lituanie et s’était installé à Montréal en 1883. Sa mère était également originaire de la Lituanie. Sa famille avait cependant fui la terreur communiste.

 

Né en 1934, Leornard Cohen grandit dans une famille relativement aisée de Westmount. Son père Nathan, un vétéran de la Grande guerre, dirige une entreprise familiale prospère dans le domaine du textile. Le jeune homme s’inscrit en histoire à l’Université McGill, puis en droit, pour faire plaisir à la famille.

 

Mais le droit et les affaires l’intéressent moins que la magie des mots. En 1956, il publie son premier recueil de poèmes et part étudier la littérature à l’Université Columbia de New York. Il découvre avec enchantement les jeunes écrivains « beatniks », assiste à une lecture de Jack Kerouac.

 

Débute pour lui une vie de « Canadien errant » entre New York, Londres, Montréal et l’île grecque d’Hydra où il se retranche du monde pour méditer et écrire. Comme bien des artistes de sa génération, il cherche l’absolu dans des drogues, des amours passionnés et des expériences mystiques. Il s’intéresse tour à tour au Talmud, à la scientologie, aux méditations bouddhistes. À quelques reprises, il se réfugie au Mont Baldy, en plein cœur de la Californie, avec un maître zen.

 

Après avoir publié des romans, il s’oriente définitivement vers la chanson. L’artiste montréalais lance The Songs of Leonard Cohen (1967) qui comprend la pièce « Suzanne », probablement le plus grand succès de sa carrière. L’inspiration serait venue d’une certaine Suzanne Verdal qui aurait été l’épouse du sculpteur Armand Vaillancourt. Après quelques ratés, Leonard Cohen impose un style unique avec les albums I’m your man (1988) et The Future (1992).

 

S’il n’est pas un père conventionnel, il inspire néanmoins son fils Adam, né en 1972, un auteur-compositeur-interprète de plus en plus connu, une étoile montante de la musique.

 

(Pierre Anctil, Trajectoires juives au Québec, Presses de l’Université Laval, 2010)