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Famille de la semaine

Girard

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Chronique

 

 

Éric Bédard, Historien et professeur

 

Le soir du 4 mai 1971, les partisans du Canadiens sont rivés devant leur téléviseur. Les glorieux affrontent les Black Hawks de Chicago lors du premier match de la finale de la Coupe Stanley. Ken Dryden, le gardien du Canadien, est époustouflant ! Après trois périodes de jeu, c’est l’égalité. À Saint-Jean-Vianney, petit village de 1300 habitants situé à 15 km de Saguenay, les partisans attendent la prolongation avec fébrilité. Mais un drame terrible se prépare…

 

Selon le démographe Bertrand Desjardins, le patronyme Girard aurait une origine allemande. Il s’agirait d’une variation de « gerhard » : « ger » pour lancé ; « hard » pour dur, fort. Au tout début, ce nom désignait probablement des guerriers vaillants et courageux.

 

Les Girard ont toujours été nombreux en France. Desjardins estime qu’une quarantaine de Girard auraient immigré en Nouvelle-France au 17e et au 18e siècle. Parmi ceux qui laisseront une descendance, deux Girard prénommés Pierre tentent l’aventure du Nouveau Monde. Né vers 1641, le premier vivra à Saint-Augustin près de Québec et aura 8 enfants. Le second, né six ans plus tard, originaire du Perche, vivra sur la rive-sud de Montréal. Les deux hommes vivront très vieux, du moins pour l’époque.

 

Au cours des siècles qui suivront, plusieurs Girard vont s’installer dans la région du Saguenay, notamment dans la ville industrielle d’Arvida, plus tard nommée Jonquière. Le grand acteur Rémy Girard, reconnu pour ses brillantes prestations au cinéma, en est d’ailleurs originaire. D’autres Girard grandiront dans cette belle région et seront témoins du terrible drame de Saint-Jean-Vianney.

 

Désolation…

 

C’est le cas de Léo-Paul Girard, un policier d’Arvida, qui durant la nuit du 4 au 5 mai vient en aide aux rescapés, sortis juste à temps de leurs maisons subitement englouties dans un torrent de boue.  La scène à laquelle il assiste restera gravée dans sa mémoire. « Tout le monde cherchait quelqu’un, déclare-t-il à un journaliste de la Presse canadienne. C’était la désolation la plus complète ».

 

Jules Girard a aussi été marqué par cette tragédie. Tous les soirs, ce chauffeur d’autobus passe prendre les ouvriers de l’Alcan qui font leur quart de nuit. Le 4 mai 1971, il constate que les rues du quartier résidentiel de Saint-Jean-Vianney sont fissurées, que la terre tremble, qu’au loin, le sol s’affaisse… Ce mouvement naturel avance vers son autobus à la vitesse de l’éclair. Heureusement, il a le bon réflexe : il ouvre la porte arrière de son autobus et ordonne à tous ses passagers de descendre immédiatement.

 

Ce qui se produit vers 23h00, c’est un énorme éboulis, un gigantesque affaissement de terrain produit par des centaines d’années d’infiltration d’eau dans les soubassements de ce sol argileux. Environ 40 maisons seront englouties et 31 personnes périront. Seulement quelques-unes d’entre elles seront retrouvées sur les rives du Saguenay, parfois très loin de Saint-Jean-Vianney. On imagine le triste destin de ces parents et de leurs enfants, écrasé par leur maison, suffocant dans une mer de boue.

 

Le lendemain du drame, explique l’historien Éric Tremblay dans Cap-aux-Diamants (été 2005), un hélicoptère de la base militaire de Bagotville survole un immense cratère de 300 mètres de diamètre, et de 60 mètres de profondeur. Comme d’habitude, les Québécois organisent une grande corvée pour venir en aide aux sinistrés. Il faut dire que les compagnies d’assurance refusent de bouger le petit doigt.

 

Le 9 mai, un grand gala est organisé au centre Georges-Vézina de Chicoutimi. Grâce aux 30 artistes présents, une somme de près de 10 000$ est recueillie. Le maire Lauréat Lavoie et René Boudrault, un juge très engagé, mettent en place un Fonds d’aide. Les Québécois ouvrent leur gousset. En quelques mois, un montant de 850 000$ est mis à la disposition des familles.

 

Le 27 mai 1971, le gouvernement du Québec annonce la fermeture définitive du village.

 

(Gervais Pomerleau, Saint-Jean-Vianney, village englouti, Humanitas, 1996)