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Famille de la semaine

Vachon

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Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur  

 

Le 3 octobre 2007, le major Brock Heilman déclenche l’« Opération JOELOUIS » ! Sa mission : dénicher de toute urgence 2000 de ces célèbres gâteaux pour satisfaire son patron Maxime Bernier qui s’envole le lendemain pour l’Afghanistan. Le ministre veut soutenir le moral des soldats postés à Kandahar… et faire un peu de publicité à la célèbre compagnie Vachon, l’un des fleurons de l’économie de la Beauce, sa région natale. Les images du ministre avec sa grosse boite de Jos. Louis ne passeront pas inaperçues !

 

Selon les généalogistes, tous les Vachon descendent du même ancêtre. Paul Vachon était originaire de la Vendée, une région de l’ouest de la France. Vers 1650, cet homme de la jeune vingtaine signe un contrat d’engagé, immigre en Nouvelle-France et s’installe dans la région de Beauport. Après avoir été maçon, il devient notaire et rédige plus de 1500 actes. En 1653, il épouse Marguerite Langlois. Le couple aura 12 enfants dont Paul, le fils aîné qui, le 21 décembre 1680, devient l’un des premiers prêtres nés en terre canadienne.

 

Aux origines d’une pâtisserie

 

C’est durant la seconde moitié du 18e siècle que des Vachon quittent Beauport et migrent vers la Beauce. L’un des descendants se prénomme Joseph-Arcade. En 1923, lui et sa femme Rose-Anna Giroux quittent leur ferme de Saint-Patrice-de-Beaurivage et s’installent à Sainte-Marie. Le couple lance une petite boulangerie bien modeste. Rose-Anna fait le pain, son mari le distribue dans les environs, aidé par son fils Louis. Les temps sont durs cependant. Plusieurs garçons de la famille prennent le chemin des États-Unis pour trouver du travail.

 

En 1927, l’entreprise familiale commence à produire des petits gâteaux. Grâce aux talents de vendeur de Louis, ceux-ci trouvent leur place. La mère Rose-Anna, une entrepreneure dans l’âme, prend des décisions audacieuses. Elle développe le marché régional, achète des camions, ouvre des centres de distribution, déménage son centre de production. À la veille de la Seconde guerre mondiale, les produits Vachon sont distribués dans toutes les régions du Québec sauf à Montréal, que la compagnie Stuart continue de dominer avec ses May-West.

 

Le travail acharné de Rose-Anna et de Joseph-Arcade porte fruit car les fils Vachon expatriés reviennent au pays travailler au sein de l’entreprise. En 1932, on crée le premier Jos. Louis, en l’honneur des fils Joseph et Louis qui triment sans compter pour la compagnie fondée par leurs parents dont le chiffre d’affaires passe de 30 000$ à 500 000$ de 1939 à 1945. Il faut dire que l’entreprise obtient de lucratifs contrats de l’armée.

 

Un joyau québécois

 

Durant les années 1950, l’expansion se poursuit, grâce à la percée dans la grande région de Montréal, due aux publicités à la radio, et à l’ouverture d’un laboratoire qui développe des essences nouvelles, dont le fameux caramel, toujours très populaire !

 

À deux reprises, l’entreprise risque d’être achetée par des Américains. Heureusement, à chaque fois, nos institutions nationales sont intervenues pour éviter que ce joyau québécois ne soit vendu à des étrangers.

 

En 1970, le Mouvement Desjardins achète 83% des actions de la pâtisserie J.A. Vachon et Fils Ltée qui devient, en 1977, le groupe Culinar. Son expansion durant les années 1980 est impressionnante. L’entreprise met notamment la main sur les compagnies Anco, Taillefer et Viau. Les années 1990 sont cependant plus difficiles ; des rumeurs de vente reprennent de plus belle.

 

En 1999, la Société générale de financement et le Groupe Saputo annoncent l’acquisition de Culinar. Leur offre est supérieure à celle d’une entreprise américaine.

 

Les Beaucerons ont raison d’être fiers de cette entreprise. Son succès dit quelque chose du dynamisme de cette région.

 

(Voir Serge Courville et Pierre C. Poulin, Histoire de Beauce-Etchemin-Amiante, IQRC, 2003, p. 407-418 ; Jacques Pallard, Beauce Inc., PUM, 2009)