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Chronique

 

Corsets et dessous féminins...
 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@journalmtl.com

 

Pendant plusieurs décennies, la ville de Québec était reconnue pour sa fabrication de dessous féminins. Fondée par Georges-Élie Amyot, la Dominion Corset produit au début des années 1950 jusqu’à 1800 douzaines de corsets et de soutien-gorge… par jour ! Ses produits sont vendus en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et en Europe. Au plus fort de son activité, la manufacture de Québec compte près de 1200 employés, surtout des femmes.

 

Comme plusieurs des 2000 Québécois qui portent aujourd’hui ce patronyme, l’ancêtre du manufacturier s’appelle Philippe Amyot dit Villeneuve. On sait peu de choses de lui, sinon qu’il arrive en Nouvelle-France autour de 1635, qu’il est originaire de la Picardie en France et qu’il aura trois enfants.

 

Le corset, une affaire d’hommes !

 

Au milieu du 19e siècle, les femmes de la bonne société portent presque toutes le corset. Cette mode se répand rapidement et gagne toutes les couches sociales. En 1832, la première fabrique de corsets ouvre ses portes en Suisse. L’industrialisation permet de baisser les coûts et de varier les modèles. On en porte dans toutes les occasions : bal, mariage, danse, etc. Le port du corset atteint son sommet à la fin du 19e siècle.

 

C’est exactement à cette époque, en 1888, que Georges-Élie Amyot (1856-1930) fonde sa manufacture. L’homme est originaire de Saint-Augustin dans le comté de Portneuf. Tout jeune, il apprend l’anglais grâce aux Irlandais installés près de chez lui. À 14 ans, il s’installe à Québec puis tente sa chance aux États-Unis de 1874 à 1877. Après avoir travaillé comme commis dans un magasin de chaussures à Montréal, il revient à Québec et s’associe avec un certain Léon Dyonnet, un immigrant français, dans un commerce de fabrication de corsets. Deux ans plus tard, il est seul maître à bord.

 

L’ascension de l’homme d’affaires est fulgurante. En 1906, il est élu président de la Chambre de commerce de Québec. En 1914, son chiffre d’affaires est d’un million $. Six ans plus tard, son fil Adjutor dit « le Colonel » prend la relève. Ses employées le trouvent bien dur en affaires. Les syndicats ? Pas trop pour lui… Jusqu’en 1942, pas de congé payé. Les journées sont longues et la semaine de travail se termine le samedi midi. Pendant longtemps, les filles-mères ou les femmes mariées ne sont pas tolérées.  

 

Souffrir pour être belle ?

 

Si la Dominion Corset développe de nouveaux dessous féminins au fil des décennies, l’entreprise reste identifiée au corset. Le problème, c’est que ce dessous qui enserre le corps jusqu’à couper le souffle se démode. En 1913, la New Yorkaise Mary Phelps Jacobs crée un nouveau soutien-gorge, « très doux, court et si bien dessiné qu’il sépare les seins naturellement », explique l’historienne Béatrice Fontanel. Une véritable révolte contre le corset !

 

Aux ouvrières de la Dominion Corset qui se mariaient, on remettait un beau corset tout neuf. L’une d’elle se confia beaucoup plus tard à des chercheurs : « Est-ce que c’est assez fou ! J’ai porté ça, ce corset-là, pour me marier. Je pesais 118 livres ! C’était la mode. Il fallait que les femmes se cachent. Il ne fallait pas que les fesses branlent et il ne fallait pas que le ventre paraisse. Je te dis que ce n’était pas drôle ! ».

 

Au cours des années 1960 1970, avec notamment l’arrivée de la minijupe, les corsets deviennent presque le symbole de l’aliénation des femmes. Finies les gaines des années 1930, les soutiens-gorges au buste pointu des années 1950 et les ceintures-jarretières d’autrefois ! Les femmes allaient choisir le confort.
La Dominion Corset ne se remettra pas de ces changements radicaux. En 1973, la famille Amyot délaisse l’entreprise et en 1988, elle ferme ses portes.

 

(À lire : Jean du Berger et Jacques Mathieu, Les ouvrières de Dominion Corset à Québec, 1886-1988, Presses de l’Université Laval, 1993)

 

La chronique d’Éric Bédard est publiée chaque dimanche dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec.