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Famille de la semaine

Cadieux

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Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@journalmtl.com

Sans des pionniers comme Jean Cadieux, l’ancêtre des Québécois du même nom, le développement de Montréal aurait été considérablement retardé. Au moment de son arrivée, en novembre 1653, les habitants de Ville-Marie craignent pour leur survie. Partout, les Iroquois rôdent… 

Sans les Montagnais, les Hurons et les Algonquins, celles et ceux qui ont fondé la Nouvelle-France n’auraient jamais survécu. Grâce à eux, les premiers Français ont pu exploiter le commerce des fourrures et explorer l’intérieur du continent.

Malheureusement, ces alliés indispensables avaient des ennemis : les Iroquois… Et pour maintenir cette alliance essentielle, il fallait les combattre. C’est ce qu’avait bien compris Samuel de Champlain lorsqu’ en 1609, il affronte victorieusement les Agniers, l’une des nations iroquoises les plus féroces du 17e siècle.

Offensive iroquoise

En 1647, après des décennies de paix relative, les Iroquois lancent une offensive sans précédent. Les Agniers souhaitent déloger leurs ennemis hurons de la région des Grands Lacs et prendre le contrôle du commerce des fourrures. Face à leurs ennemis, ils disposent désormais d’un atout considérable : des armes à feu. Les Hollandais ont accepté de leur en fournir, ce qu’ont toujours refusé de faire les Français avec leurs alliés.

Armés jusqu’aux dents, les Agniers sèment la terreur dans le pays des Hurons, habité par près de 30 000 individus. Les combats sont terribles. Certains se rendent, les plus courageux sont faits prisonniers et réduits à l’esclavage, les plus vaillants, torturés à mort. Quelques missionnaires français disséminés en Huronie goûtent également à leur médecine. En 1650, 400 Hurons accompagnés par des religieux trouvent refuge à Québec. Leurs récits font frémir les pionniers.

Les quelques centaines d’habitants de la vallée du Saint-Laurent ne sont pas épargnés. Durant l’été 1651, trois Montréalais sont capturés par des Iroquois. Dans le petit poste de Ville-Marie, fondé en 1642 par Paul Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance, à peine 50 Français sont en état de se battre. On ordonne d’ailleurs à tous les habitants de se réfugier à l’intérieur du fort.

Chercher des renforts

Les fondateurs de Montréal en ont plein les bras. Ils rêvaient de propager la foi chrétienne, les voilà encerclés, pris en otage. Maisonneuve est complètement découragé. Il songe même à abandonner cette « folle entreprise ». C’est à ce moment précis que Jeanne Mance joue un rôle déterminant dans l’histoire de Montréal.

Une riche Française lui avait confiée une rondelette somme pour construire un hôpital, l’Hôtel-Dieu. Jeanne Mance propose à Maisonneuve de l’utiliser pour aller recruter des nouveaux colons en France. À quoi sert de soigner les malades si tout le monde risque d’y passer. Le 5 novembre 1651, il quitte le port de Québec.

Pendant deux ans, il s’active pour trouver des volontaires. Leur mission serait de protéger le poste et de défricher les terres environnantes. La mission de Maisonneuve est loin d’être facile. Les guerres iroquoises et les terribles tortures qu’infligent les Agniers à leurs prisonniers sont connues des Français informés, grâce aux Relations, un périodique diffusé par les Jésuites. Il fallait être bien téméraire pour quitter son pays et aller vivre au milieu de ces « sauvages ».

Pour convaincre les 100 volontaires qu’il souhaite ramener à Montréal, Maisonneuve ne lésine pas sur les moyens. On promet aux volontaires un contrat de cinq ans… toutes dépenses payées ! Le voyage, la nourriture, le logis seront pris en charge. De peine et de misère, on y arrive. En novembre 1653, la « recrue » fait son arrivée à Montréal. Parmi elle, Jean Cadieux.

Cadieux avait signé son contrat de volontaire le 1er mai de la même année. Le jeune homme de 24 ans s’installe d’abord au fort de Ville-Marie. En 1663, il épouse Marie Valade, une fille du roi arrivée quelques semaines plus tôt. Ils auront dix enfants, dont l’une sera assassinée à Lachine lors d’un terrible massacre perpétré en 1689 par… des Iroquois.