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Famille de la semaine

Catelli

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Chronique

Par Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ)

 

L’Amérique a longtemps fait rêver les Italiens. Entre 1861 et 1914, près de 14 millions d’entre eux vont quitter leur pays. Ils fuient les guerres, la famine et rêvent d’offrir une meilleure vie à leurs enfants. Parmi ces premiers migrants, il y a un jeune homme plein d’énergie et d’ambition : Carlo Onorato Catelli (1849-1937).

 

Il n’est pas le premier italien qui débarque à Montréal. En 1665, plusieurs Italiens combattent les Iroquois en tant que soldats du Régiment de Savoie. Un certain Enrico Tonti accompagne le grand Cavalier de LaSalle lors de sa découverte de la Louisiane. Carlo Catelli suit d’ailleurs les traces d’un oncle sculpteur venu s’installer à Montréal en 1845.

 

Proche des Canadiens français

 

En 1867, alors qu’il n’a que 18 ans, le jeune Carlo ouvre la première fabrique de pâtes alimentaires au Québec sur la rue Saint-Paul. Son entreprise connaît un succès immédiat car il sait créer d’excellents liens avec la communauté canadienne-française qui, peu à peu, intègre les pâtes à son menu – avec le poisson, le spaghetti devient le plat du vendredi.

 

Pour être accepté par sa société d’accueil, Carlo Onorato décide de prendre le prénom de Charles-Honoré. C’est vers les commerçants francophones qu’il se tourne pour grandir et prospérer. En juin 1906, il est même élu président de la Chambre de commerce de Montréal, fondée en 1887 par des Canadiens français pour faire contrepoids au Montreal Board of Trade. Ce qui montre bien l’ouverture et la tolérance de nos élites de l’époque.

 

Main d’œuvre à bon marché

 

Le fondateur des entreprises Catelli devient un symbole de réussite pour les immigrés italiens. Ceux-ci sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à choisir Montréal qui, à partir des années 1880, devient la capitale économique du Canada. De 1871 à 1931, le nombre de Montréalais d’origine italienne passe de 55 à 21 000.

 

Cet afflue d’immigrants italiens doit beaucoup à l’action d’Antonio Cordasco, un personnage très controversé qui travaille à l’époque comme agent recruteur pour le Canadien Pacifique. Cordasco et ses hommes sillonnent les régions les plus pauvres de l’Italie et promettent des conditions de travail alléchantes. Une fois sur place, ces immigrés constatent que le rêve américain n’est pas à la hauteur de ce qu’on leur avait présenté. Pire : ils ont l’impression d’avoir été bernés.

 

C’est que dans ce Montréal en pleine effervescence, on cherche une main-d’œuvre à bon marché pour le travail éreintant, notamment dans le domaine de la construction. Très peu éduqués, ces Italiens fiers et travaillants constituent une manne intéressante pour des industriels peu scrupuleux.

 

Redonner aux siens

 

Charles-Honoré Catelli et d’autres notables d’origine italienne sont profondément choqués par ce qui a toutes les allures d’un trafique humain. Ils réussissent à convaincre le gouvernement fédéral de mettre sur pied une commission royale d’enquête chargée de faire la lumière sur les pratiques de ces agents recruteurs. En 1905, les commissaires blâment sévèrement Cordasco et ses employeurs. On les accuse de s’être livrés à de fausses représentations auprès de gens vulnérables.

 

Pour venir en aide à ces nouveaux arrivants, une Société d’aide à l’immigration est fondée et présidée par Catelli en personne. On y offre des gîtes et quelques repas pour celles et ceux qui arrivent et qui ne savent où aller. Pour ce dévouement à l’égard des siens, l’homme d’affaires recevra la plus haute distinction de son pays d’origine, soit l’Ordre de la Couronne d’Italie.

 

Beaucoup de Québécois d’origine italienne doivent leur intégration à cet entrepreneur généreux. Pendant longtemps, l’entreprise Catelli est restée l’un des fleurons de l’économie québécoise.