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Généalogie des Catelli



Si le nom Catelli est répandu en Italie, sa fréquence demeure rare dans le monde francophone. À peine 15 personnes de ce nom naissent en France par période de 25 ans entre 1891 et 1990, et les Catelli du Québec se comptent sur les doigts des deux mains.

 

Pourtant, ce nom reste très présent dans l’imaginaire québécois en raison de l’entreprise de fabrication de pâtes de ce nom. En effet, qui chez nous ne l’associe pas à la familière boîte bleue ou au rêve de devenir un « talent Catelli »?

 

Le  développement d’une communauté italienne à Montréal

 

Confrontée à une forte augmentation de sa population, l’Europe connaît, au 19e siècle, un mouvement d’émigration d’une ampleur jamais connue dans l’histoire mondiale. Dans le cas de l’Italie, ce phénomène représente un véritable exode.

 

En effet, entre 1861, année où s’achève son unification, et la fin du siècle, sept millions d’Italiens choisiront de partir. Le record arrive en 1901 : sur une population de 33 millions d’habitants, non moins de 533 245 Italiens franchissent la frontière pour aller travailler et vivre à l’étranger.

 

Freiné par les bouleversements sociaux qu’entraînent les deux guerres et le fascisme, l’exode reprend de plus belle après la Deuxième Guerre mondiale. Un autre sept millions d’Italiens quitteront leur patrie au cours des 30 années subséquentes.

 

Le phénomène tire surtout son origine des conditions économiques du pays. Derrière l’émigration se cache la volonté d’échapper à la pauvreté et aux privations matérielles; la recherche d’un avenir meilleur à l’étranger.

 

Le processus d’industrialisation qui caractérise l’Amérique du Nord à compter des années 1880 fait du Canada une destination de choix pour les immigrants italiens. Si, en comparaison avec les États-Unis, le volume du courant migratoire demeure initialement limité, il s’accroîtra considérablement lors d’une seconde vague, après 1945.

 

Parmi les principaux centres commerciaux d’Amérique du Nord, Montréal occupe une place de première importance dans l’histoire de ce mouvement. Située aux confluents de réseaux de transport ferroviaire, océanique et fluvial, la ville devient une escale obligatoire pour nombre d’immigrants arrivant au Canada à la recherche d’emplois. Pour plusieurs d’entre eux, elle représente même le point d’arrivée qui promet la fortune. Ainsi, c’est à Montréal que, pour la première fois, une forte population d’Italiens émigrés au Canada prend racine et créé une entité socio-économique et culturelle distincte, une véritable « petite Italie ».

 

Les nombres

 

Selon les statistiques italiennes, entre 1890 et 1898, une moyenne de 360 immigrants italiens par année arrivent au Canada. À partir de 1899, ce nombre franchit le cap du millier puis continue sa forte croissance avec près de 6 000 immigrants en 1905 et 28 000 en 1913.

 

Ce mouvement s’explique par l’évolution particulière du marché du travail canadien. On y trouve une demande croissante de main d’œuvre non spécialisée et disposée à accepter aussi bien les incertitudes du travail saisonnier que les épreuves physiques liées aux grands travaux de construction. Les habitants du Sud de l’Italie, particulièrement affectés par les difficultés économiques, répondent en masse à cet appel.

 

La nature souvent saisonnière engendre des aller-retour de cette immigration, du moins dans ses débuts, ainsi que l’imprécision des sources statistiques disponibles. Difficile, donc, de chiffrer avec précision la population italienne de Montréal dans les premières décennies du 20e siècle.

 

Comptant à peine 130 personnes en 1881, la communauté italienne de Montréal aurait atteint 1500 indivudus en 1901, puis 25 000 en 1941. Ce nombre sera multiplié ensuite par quatre en 1961 grâce au fort courant qui caractérise la période de l’après-guerre. De nos jours, Montréal compte de 225 000 à 250 000 personnes qui se disent d’origine italienne.

 

Les Catelli parmi les précurseurs

 

Avant que l’arrivée massive de travailleurs italiens ne jette les bases de ce qui deviendra la «Petite-Italie» de Montréal, on note déjà une présence italienne dans la ville. Vers la fin des années 1860, une cinquantaine de familles italophones s’y retrouvent.

 

Originaires pour la plupart de l’Italie du Nord, ces résidents font partie d’une émigration professionnelle et artisanale qui a caractérisé l’Italie pendant la période d’unification du pays. Musiciens, artisans, commerçants de marbre mettent sur pied à Montréal des commerces qui  représentent sans doute la première manifestation d’un certain cosmopolitisme dans une ville jusque-là massivement française et britannique. Ces immigrants constituent d’ailleurs le premier noyau de population italienne au Canada. À Toronto, il faudra attendre quelques décennies avant que ne se manifeste leur présence.

 

La famille Catelli provient de ce noyau initial. Son premier représentant, Carlo Catelli, naît en 1817. Il serait arrivé au Canada en 1845, se fixant à Montréal où il épouse une veuve nommée Catherine Green le 12 mai 1846. L’acte précise qu’il est «artisan domicilié en cette paroisse, fils majeur de Girolamo Catelli et Giuditha Roncoroni, du Lago de Como en Italie». Le défunt mari de son épouse était lui aussi artisan. Devenu veuf, il se remariait le 9 avril 1850, aussi à Montréal.

 

Sculpteur, il profite du contexte favorable pour devenir statuaire. Il ne tarde pas à se tailler une enviable réputation. Un texte de L’Echo du cabinet de lecture paroissial de Montréal de 1862 fait son éloge à l’occasion du compte-rendu d’une visite de son atelier «rue Notre-Dame, près de la rue St. Denis». «M. Catelli a des statues de la T.S. Vierge et de St. Joseph qui font l’envie de toutes les Églises…»; «nous avons pu admirer de près une collection [statues des douze apôtres], grandeur colossale, qu’il vient de terminer pour sa Grandeur Mgr. De Kingston». L’auteur termine en souhaitant «à ce Monsieur la continuation de ses succès dans une industrie où il déploie autant d’activité que d’intelligence».

 

En 1867, Carlo Catelli s’associe à Thomas Carli pour former la maison T. Carli qui deviendra, au fil des successions et des alliances, l’entreprise T. Carli-Petrucci en 1929. Les deux partenaires seront très prolifiques. On peut admirer leurs œuvres dans plusieurs églises du Québec, dont l’église Très-Saint Rédempteur à Montréal.

 

L’acte de sépulture de «Chevalier Carlo Catelli gentilhomme» est daté du 13 novembre 1906. Il était décédé le 11. On ne lui connaît aucun enfant. C’est probablement pourquoi il a adopté son neveu. En effet, l’acte de mariage de ce dernier (Carlo Onorato Catelli), le 15 septembre 1779 se lit ainsi : «…entre Sieur Charles Honoré Catelli manufacturier domicilié à Montréal, fils majeur de Sieur Martin Catelli, Bourgeois et de dame Maria Pessina résidant à Vedano, Olona Italie…en présence de…Sieur Charles Catelli Ecuyer Indépendant Oncle et père adoptif de l’époux…

(Note : Vedano Olona est une commune italienne de la province de Varèse en  Lombardie)

 

Carlo Onorato Catelli, l’homme derrière les pâtes

 

Arrivé au pays en 1866, Carlo Oronato Catelli, jeune immigrant italien d’à peine 18 ans, roule à la main, dès l’année suivante ses propres macaronis et vermicelles, dans une petite usine de la rue Saint-Paul, la première du genre au pays. C’est le début d’une réussite commerciale remarquable, accentuée en 1920 par la mécanisation de l’entreprise.

 

En 1939, l'industrie déménage rue Notre-Dame, dans sa manufacture actuelle. Mais si le bâtiment existe toujours, la marque appartient désormais à une grande multinationale américaine: New World Pasta, qui l’a acquise de Borden Foods, propriétaire depuis 1990.

 

Le mariage de Carlo Onorato – devenu maintenant Charles Honoré - en 1879 à Maria Angelina Armand témoigne déjà d’une certaine réussite sociale (ou de celle de son père adoptif) puisque l’épouse est la fille de «l’Honorable Joseph Flavien Armand, Sénateur».

 

Les faits le confirment : l’industrieux maître des pâtes deviendra un homme d’affaires prospère qui se hissera rapidement dans les rangs de la société bourgeoise de Montréal. En 1906, il  devient président de la Chambre de Commerce canadienne-française du district de Montréal. Catelli n’en demeure pas moins fier de ses origines italiennes et il s’implique beaucoup dans les institutions de sa communauté. Il fonde l’Orphelinat italien de Montréal et reçoit en 1904 un des plus grands honneurs conférés par son pays d’origine, celui de «Chevalier de l’ordre de la couronne Italienne» pour les services qu’il a rendus à ses compatriotes au Canada.

 

Lui et d’autres membres d’un noyau de résidents prospères largement intégrés dans le tissu socio-économique de la métropole seront ainsi amenés à jouer un rôle de leadership. Lorsque l’immigration italienne à Montréal prendra le caractère d’un phénomène de masse, c’est ce noyau qui fournira les brasseurs d’affaires qui agiront comme intermédiaires dans l’ensemble des activités commerciales suscitées par le phénomène de migration. En 1905, Catelli devient d’ailleurs président de la «Société d’aide à l’immigration», dont le président honoraire est le Consul Mazza. À ce titre, il sera l’un des acteurs principaux d’un conflit de leadership que connaîtra la communauté italienne du début du siècle autour de la question de l’immigration et qui débouchera sur une commission royale d’enquête.

 

De ses neuf enfants, cinq décèderont en bas âge et deux à l’adolescence. Seulement deux, donc, se marieront : son fils unique Léon, né en 1891, qui épouse Marie Sanche en 1937, et sa fille Margarita, née en 1895, qui épouse Leopoldo Zunini en 1917.

 

Charles Honoré Catelli décède le 13 octobre 1937 et sera inhumé dans le même lot que son père adoptif, sa femme et ses enfants.

 

Recherche : Bertrand Desjardins

 

Sources

 

Anonyme. Chronique de L’Echo du cabinet de lecture paroissial de Montréal (vol. 4, p. 487), 31 octobre 1862. (cf. Google Livres).

 

Bagnell, K. Canadese. A portrait of the Italian Canadians. Toronto, Macmillan of Canada, 1989. 287p.

 

Héritage Montréal. «Quartier petite Italie». Montréal en quartiers, http://www.memorablemontreal.com/accessibleQA/histoire.php?quartier=4

 

Ramirez, B. Les premiers Italiens de Montréal. L’origine de la Petite Italie du Québec. Montréal, Les éditions du Boréal express,  1984. 137p.

 

Ramirez, B. and M. Del Balzo. «The Italians of Montreal’ From Sojourning to Settlement, 1900-1921». In Little Italies in North America, R. F. Harney and J. V. Scarpaci eds, Toronto, The Multicultural History Society of Ontario, 1981, pp. 63-84.

 

Ramirez, B. «Les Italiens au Canada». In  Les groupes ethniques du Canada, série publiée par la Société historique du Canada. Ottawa, 1989. Brochure No 14, 28p.

 

Tremblay, S. «Les Catelli». Tiré de http://www.capauxdiamants.org/genealogie/default.asp

 

 

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