Le Québec, une histoire de famille | Le premier réseau social consacré à la généalogie au Québec!

Famille de la semaine

Chouinard

Retour à la capsule

Chronique

Les nuits de Montréal de Jacques Normand

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@quebecormedia.com

 

Le véritable nom du chanteur et amuseur Jacques Normand était Raymond Pascal Chouinard. Grâce à lui, « Les nuits de Montréal » – le titre de sa chanson la plus connue – sont devenues magiques.

 

L’Association des Chouinard d’Amérique du nord est probablement l’un des regroupements familiaux les plus dynamiques au Québec. En 2010, l’Association rééditait un gros dictionnaire généalogique de 800 pages, une somme impressionnante de recherches sur les ancêtres de cette famille.

 

On y découvre notamment que le pionnier Jacques Chouinard, baptisé en France le 6 janvier 1663, serait fort probablement arrivé en Nouvelle-France en août 1685 à bord du bateau qui transportait le marquis de Denonville, un nouveau gouverneur chargé de rétablir la paix dans la colonie.  En 1692, il épouse la jeune Louise Jean, avec qui il aura 10 enfants. Le couple vivra à Cap-Saint-Ignace et à l’Île-aux-Oies.

 

L’ancêtre des Chouinard s’éteint en 1721 dans des circonstances nébuleuses. Certains parlent d’un naufrage alors qu’il tentait de se rendre en France, une légende selon les auteurs du dictionnaire des Chouinard.

 

Annonceur de radio

 

Le prénom du pionnier deviendra le pseudonyme d’un artiste extrêmement populaire à partir de la fin des années 1940. Raymond Pascal Chouinard alias Jacques « Normand » naît à Québec le 15 avril 1922. Après un grave accident de plongée qui le cloue au lit pendant 18 mois, il est emprisonné quelques semaines pour avoir écrit des pamphlets contre la conscription.

 

Embauché comme annonceur de radio au printemps 1941 par CHRC Québec, où il croise notamment Félix Leclerc et René Lévesque, il est presqu’aussitôt congédié pour avoir interrompu la diffusion d’un discours du général de Gaulle ! Les concurrents vont vite faire des propositions à ce jeune homme plein d’esprit.

 

Amoureux de la langue française, il compose des chansonnettes. Grâce à l’homme de spectacles Henri Deyglun, il fait des tournées, amusent le public, offrent même des prestations à New York où un critique le compare à Maurice Chevalier. Mais il préfère le Québec et les « nuits de Montréal ».

 

Le Faisan doré

 

Animateur vedette à CKVL, une nouvelle station de radio qui diffuse de Verdun, Jacques Normand débute une longue carrière dans les cabarets. Les propriétaires du Faisan Doré de Montréal, qui ouvrent ses portes en 1947, lui proposent d’animer des spectacles qui mettent en valeur la chanson française. On souhaite offrir un contre-modèle aux « night-club » à l’américaine, souvent contrôlés par la pègre, qui pullulent à cette époque.

 

Garçon de table et plongeur à la cuisine du Faisan Doré, le jeune Raymond Lévesque est encouragé par Jacques Normand à livrer ses premières chansons. Monique Leyrac, Denise Filiatrault et Fernand Gignac y feront aussi leurs premières armes. Normand fera aussi les beaux jours d’autres cabarets comme le Saint-Germain-des-Prés et la célèbre Casa Loma.

 

Rapidement, il devient un animateur vedette de la télévision. Avec son vieil ami Roger Baulu, il coanime les Couche-tard. Alors qu’il atteint des sommets de popularité, le magazine Châtelaine le présente comme « la plus idolâtrée des vedettes canadiennes ». « Un bel exemple, écrit la journaliste, du charme à l’état pure » (janvier 1964)…

 

L’humour irrévérencieux de ce tombeur n’est pas apprécié de tous. Son succès fait des jaloux. Mais ses amis lui restent fidèles. Parmi ceux-là, Charles Aznavour. Quelques jours après le décès de Jacques Normand, qui survient le 7 juillet 1998, le chanteur écrit une lettre très touchante à sa conjointe.

 

« Mais où sont nos folies d'antan, de jeunesse, de rires et de chansons à l'époque où je découvrais le Québec qui découvrait la chanson française (…) et où Jacques se battait à sa manière pour notre langue et la culture de sa terre ? Je ne reviendrai jamais plus au Québec sans avoir cette curieuse impression qu'il y manque quelque chose, et quelqu'un d'indispensable à mon cœur. »

 

 

 (Jacques Normand, De Québec à Tizi-Ouzou, Stanké, 1980)