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Famille de la semaine

De Lorimier

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Chronique

Par Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ)

 

Le lendemain, il allait mourir sur l’échafaud et quitter à jamais femme et enfants en bas âge. On l’imagine dans la pénombre de sa petite cellule mal chauffée, la main tremblante, en train de réfléchir au sens tragique de sa vie. « Je meurs sans remord, je ne désirais que le bien de mon pays dans l’insurrection et l’indépendance, mes vues et mes actions étaient sincères et n’ont été entachés d’aucun des crimes qui déshonorent l’humanité ».

 

François-Marie-Thomas Chevalier DeLorimier (1803-1839) a laissé un testament politique bouleversant, écrit la veille de son exécution. Interprété avec justesse par l’excellent Luc Picard dans 15 février 1839, certainement le plus grand film de Pierre Falardeau, ce modeste juriste fait incontestablement partie de la courte liste des authentiques héros de notre histoire.

 

Répression

Quelques mois plus tôt, l’homme prend part aux rébellions de 1837. Inspiré par les grands mouvements de libération nationale qui se déploient partout en Amérique, le Parti des « patriotes » réclame des institutions politiques plus démocratiques. Membre de l’Association des Fils de la Liberté, Chevalier DeLorimier combat les fanatiques du Doric Club dans les rues de Montréal, le 6 novembre 1837. Quelques jours plus tard, on le retrouve à Saint-Eustache face aux armées de Colborne.

 

Comme d’autres patriotes, il se réfugie aux États-Unis et organise une riposte. Il appuie la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada lue par Robert Nelson, le 28 février 1838. Arrêté le matin du 12 novembre 1838, alors qu’il s’apprête à rentrer au pays, il est rapidement incarcéré à la prison « neuve » de Montréal, comme on l’appelle à l’époque, sise au Pied-du-courant, au coin de Notre-Dame et de la rue qui porte son nom.

 

Son procès, et celui de tous les patriotes, ne respecteront pas les règles les plus élémentaires de la justice… britannique : les témoins appelés à la barre sont toujours favorables à la Couronne ; les preuves reposent souvent sur de simples rumeurs ; la présomption d’innocence n’est jamais respectée. Parmi les 855 habitants arrêtés, 108 sont accusés de haute trahison, 58 déportés en Australie et 12 sont pendus haut et court, dont Chevalier DeLorimier. Ces procès représentent l’une des pages les sombres des annales judiciaires britanniques, selon l’historien canadien-anglais Murray Greenwood.

 

Réhabilitation

Le long purgatoire de Chevalier DeLorimier prend fin le 15 juillet 1883 à l’Assomption où vivent la veuve et les filles du défunt patriote. Le poète Louis Fréchette, l’historien Louis-Olivier David et le journaliste Honoré Beaugrand, futur maire de Montréal, remettent ce jour-là plus de 1000 « piastres » à la famille lors d’une cérémonie publique très solennelle qui attire de nombreux habitants de la région.

 

Cette rondelette somme pour l’époque, acquise grâce à des souscriptions publiques, est présentée comme une dette acquittée par la nation pour services rendus. Dans l’adresse qu’il lit aux convives, David rappelle l’héritage laissé par DeLorimier : « Oui, sa mort nous a été utile, elle a appris à respecter une nation capable de produire de pareils dévouements. Elle a montré que sur les échafauds comme sur les champs de bataille, nous savions mourir pour nos droits et nos libertés (…) Jamais leçons plus éloquentes de patriotisme ne furent données à un peuple ».

 

S’il faut relire le testament politique du patriote, ce n’est pas seulement pour se rappeler les fortes convictions du condamné – « Vive la liberté, vive l’indépendance ! » – mais surtout pour l’espoir qu’on y voit poindre malgré les heures tragiques que vit Chevalier DeLorimier.

 

« Malgré tant d’infortune, mon cœur entretient encore du courage et des espérances pour l’avenir, mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres, un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l’assurent ».