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Famille de la semaine

Fournier

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Chronique

Le polémiste Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@quebecormedia.com

 

Les scandales de la commission Charbonneau et la démission du maire Tremblay font les délices de bien des chroniqueurs… Ceux-ci devraient relire Jules Fournier (1884-1918), l’un des grands journalistes du début du 20e siècle. L’homme ne manquait pas de verve !

 

Selon le généalogiste Marcel Fournier, près d’une quarantaine de pionniers de la Nouvelle-France ont porté son patronyme. Parmi ceux qui ont laissé une importante descendance, il y a Guillaume, originaire de la Normandie, né vers 1623, arrivé dans la colonie autour de 1650, marié à Françoise Hébert, une sage-femme.

 

Un homme prompt à la chicane qui se brouille avec sa belle famille et intente plusieurs poursuites contre sa… belle-mère ! En 1670, l’intendant Jean Talon lui offre une importante concession dans la région de Montmagny où il s’éteint en 1699.

 

Esprit frondeur

 

Parmi les Fournier qui ont marqué notre histoire, il y a Jules, un polémiste redoutable, la peste des politiciens !

 

Fils d’un cultivateur de Coteau-du-Lac, le jeune Jules Fournier impressionne son instituteur de village et son professeur Lionel Groulx du collège de Valleyfield. Un « infatigable liseur », note l’historien dans ses Mémoires, en même temps qu’un « esprit frondeur ». Élève indiscipliné, il est exclu de son collège.

 

Grâce à sa plume alerte, il est rapidement recruté comme journaliste, d’abord à La Presse, puis au Canada.Il écrira aussi, parfois sous pseudonyme, dans des journaux plus engagés comme Le Nationaliste, Le Devoir et L’Action, un hebdomadaire de qualité qu’il fonde en 1911.

 

Sa cible préférée ? Les politiciens ! Courriériste parlementaire à Ottawa au tout début de sa carrière, il les voit de près. Au lieu de passer du temps à la bibliothèque ou en Chambre, la plupart d’entre eux préfèrent fumer le cigare, boire du scotch ou jouer aux cartes. « La paresse est prodigieuse », écrit-il. Leurs discours sont remplis de « lieux communs » et de « développements aqueux et boursouflés »… De « grotesques comédies », déplore-t-il.

 

Tout ce qui intéresse les députés, selon lui, c’est de se faire réélire et de se vendre aux plus offrants. Le premier ministre libéral Lomer Gouin est d’ailleurs l’une de ses cibles préférées. Il l’accuse de brader nos ressources naturelles à des intérêts étrangers, d’être au service d’une « oligarchie d’incapables (…) qui nous ruine et nous déshonore ». Pour avoir contesté certains jugements de la cour, dans des affaires impliquant des politiciens libéraux, il est emprisonné pendant 17 jours en 1909. Rien cependant pour ralentir ses ardeurs de contestataire.

 

Une seule solution : la culture

 

Les politiciens ne sont pas ses seules cibles. S’il se dit nationaliste, il critique très sévèrement ses contemporains et son époque. « Le mal dont nous souffrons exige en effet plus que des changements de ministères. Il est profond, et touche à la source même de notre vie nationale ». Ce mal, c’est le manque de « devoir civique », cette aptitude à penser par soi-même le bien de la communauté nationale. 

 

Aux yeux de Jules Fournier, le vrai redressement passait par l’instruction obligatoire et la culture. Un peuple plus éclairé surveillerait mieux ses gouvernants et barrerait la route aux aventuriers et aux démagogues. Et pour être plus éclairé, selon Fournier, il fallait mieux maîtriser le français et lire davantage.

 

Après une très brève incursion en politique municipale montréalaise, Fournier est nommé traducteur au Sénat. Le 16 avril 1918, il meurt à 33 ans de la grippe espagnole qui fauche alors beaucoup de gens.

 

Les grands textes de Jules Fournier ont été regroupés dans Mon encrier, publié la première fois en 1922, toujours disponible en format de poche (BQ, 1996). Le livre très actuel d’un esprit libre.

 

Pour honorer sa mémoire, le Conseil supérieur de la langue française remet chaque année le prix Jules-Fournier à un journaliste « en reconnaissance de la qualité de la langue de ses écrits ».