Le Québec, une histoire de famille | Le premier réseau social consacré à la généalogie au Québec!

Famille de la semaine

Gingras

Retour à la capsule

Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@quebecormedia.com 

Une question aux amateurs de hockey : quel joueur francophone a, le premier, brillé sur la glace ? Maurice Richard ? Vous êtes évidemment loin du compte ! Aurèle Joliat ? Mauvaise réponse. Le premier joueur de hockey auquel s’identifie les Canadiens français en 1901 s’appelle Antoine « Tony » Gingras (1875-1937). C’est un métis originaire du Manitoba…

L’ancêtre des Gingras du Québec s’appelait Charles « Gingreau ». Ce Français originaire de la Vendée est né vers 1638. À la fin des années 1660, il vient rejoindre son frère Sébastien en Nouvelle-France. Pour des raisons mystérieuses, les deux hommes vont signer « Gingras » dès leur arrivée dans la colonie. En novembre 1675, il épouse Françoise Amiot, à peine âgée de 15 ans. À 16 ans, elle accouche de son premier enfant. Douze autres suivront... La famille grandit à Saint-Augustin-de-Desmaures. C’est là qu’est enterré Charles Gingras, le 8 janvier 1710.

Parmi ses descendants, Antoine Cuthbert Gingras travaille pour la Compagnie du Nord-Ouest. Comme d’autres habitants de la vallée du Saint-Laurent, il appartient à cette grande fratrie de coureurs des bois qui, depuis le milieu du 17e siècle, s’exilent dans les Pays d’en haut pour traquer les fourrures. Comme plusieurs de ces hommes longtemps partis, Antoine Cuthbert mène une double vie. Cet homme marié devant l’Église entretient une relation avec une métis de l’ouest. C’est ce qu’on appelait alors les « mariages à la façon du pays » ! Parmi les descendants de ce Canadien français et de cette métis, un excellent joueur de hockey.

Le hockey, un sport anglophone

Au départ, le hockey était un sport bourgeois pratiqué par l’élite anglophone. C’est à Montréal, le 3 mars 1875, qu’est jouée la première partie de hockey sur glace. Deux équipes de neuf joueurs de l’Université McGill se disputent un morceau de bois avec un bâton qui ressemble à une canne inversée. Deux ans plus tard, la rondelle en caoutchouc est introduite et le nombre de joueurs par équipe passe à sept. Les parties sont divisées en deux périodes de 45 minutes. Quant au bâton à palette, il fait son apparition à la fin des années 1880.

Dans quelques grandes villes canadiennes, des équipes voient le jour. Ceux qui fondent l’Association de hockey amateur du Canada le 8 décembre 1886 rêvent d’organiser de grands tournois pancanadiens. Les équipes montréalaises ayant une longueur d’avance, les Ontariens décident cependant de créer leur propre association. Pour rapprocher les équipes et ainsi faire du hockey le grand sport national des Canadiens, le gouverneur-général Lord Stanley finance la fabrication d’un prestigieux trophée en argent. Dès 1893, les équipes de hockey se disputent la « coupe Stanley », symbole de la réussite et de l’excellence.

Un francophone brille

À la fin du 19e siècle, Montréal compte plusieurs équipes anglophones : les Victorias, les Crystals, les Shamrock, etc… Pourtant, les francophones commencent à s’intéresser à sport, voire même à le pratiquer. « Il n’a jamais existé un club de hockey canadien-français qui pût soutenir brillamment notre nom », déplore Jos Marier dans La Patrie du 3 février 1900. Une année plus tard, un jeune francophone du Manitoba électrise les foules. En 1901, les Victorias de Winnipeg battent les Shamrocks de Montréal et remporte la coupe Stanley, grâce aux prouesses d’Antoine « Tony » Gingras.

Son agilité sur la glace, sa force physique, son coup de patin font sensation. Les journaux de l’époque ne tarissent pas d’éloges. Sa beauté fait rêver la gent féminine ! Il est la preuve vivante que des francophones peuvent tirer leur épingle du jeu dans ce sport. Grâce à lui, certains commencent à envisager la création d’une équipe formée essentiellement de Canadiens français.

En 1909, le Canadien voit le jour. Tony Gingras sera l’un des premiers dépisteurs de l’équipe.