Le nom Hart est peu présent aujourd’hui au Québec. Il n’apparaît qu’au 1600e rang avec à peine quelques centaines de porteur. Pourtant, il est associé une dimension fort importante et pourtant méconnue (ou occultée?) de notre histoire. En effet, c’est généralement à un dénommé Aaron Hart, qui fit fortune au Québec dans les premières décennies suivant la Conquête, que l’on accorde le titre de fondateur de la communauté juive au Canada. Aaron Hart a été beaucoup étudié, en particulier par Denis Vaugeois, auteur du livre Les Premiers Juifs d’Amérique 1760-1860, duquel provient l’essentiel des informations ci-dessous.
Aaron Hart
Aaron Hart voit le jour à Londres le 16 août 1724, de l’union de Yehezkel (Ezekiel) et Judah Hirsh, des Bavarois qui se rebaptiseront Hart afin de mieux s’intégrer dans la société. Après un séjour en Jamaïque en 1756, il se rend à New York afin de rejoindre des membres de sa parenté. Deux de ses frères viendront le rejoindre. Le plus vieux document connu soulignant sa présence en Amérique remonte au 28 mars 1760, à New York. C’est à cette époque, en pleine Conquête anglaise, qu’il émigre au Canada, suivant les troupes britanniques d’Amherst. Certains diront qu’il était officier, mais l’historien J.R. Marcus avance plutôt l’hypothèse qu’il était pourvoyeur.
Un document de 1761 prouve d’ailleurs que des marchandises ont été livrées par Hart à un certain Samuel Jacobs. Leur correspondance permettra d’établir qu’Aaron Hart est à Trois-Rivières afin d’approvisionner les troupes de l’armée. On apprend qu’en 1763 il agit alors comme maître de poste de la ville.
Doué pour les affaires, tant au niveau des fourrures que de l’immobilier, il décide qu’il s’établira ici pour de bon. Après un séjour à Londres en 1768, où il épouse Dorothée Judah, il revient au pays. Son frère Moses y fera aussi des affaires alors que son frère Henry se fixera à Albany, dans l’état de New York. Profitant de la chute du régime français, Hart prêtera une partie de sa fortune aux seigneurs déchus et, devant leur dette grandissante, prendra des hypothèques sur leurs biens immobiliers. En plus des ses relations new-yorkaises, il créera un réseau avec d’autres marchands juifs arrivés principalement lors de la Conquête. Ceux-ci sont répartis à Québec, Montréal, Sorel, Louiseville, Berthierville, Yamachiche...
À 76 ans, Aaron Hart s’éteint à Trois-Rivières le 28 décembre 1800. En plus d’avoir élevé sa famille dans la tradition juive, il aura aussi transmis la bosse des affaires à sa progéniture quelques années avant sa mort. Avec eux, il aura ouvert une brasserie en face du monastère des Ursulines. Héritant de plusieurs propriétés, ses fils demeureront à Trois-Rivières où ils connaîtront la prospérité, souvent au grand dam des seigneurs français déchus. À la fin du régime seigneurial, les Hart posséderont 4 fiefs et 7 seigneuries.
Malgré leur mainmise foncière et financière sur la région de Trois-Rivières, les Hart ne pourront imposer ni leur langue ni leur religion à la forte majorité francophone et catholique. Alors, à partir de la 3e génération, ils commenceront à se fondre parmi elle. Voilà pourquoi, comme les Johnson ou les Ryan, de nombreux Hart ont aujourd’hui le français comme langue maternelle.
Fils aîné d’Aaron Hart, Moses Hart, né le 26 novembre 1768 à Trois-Rivières, est notamment célèbre pour avoir fondé sa propre banque en 1839: la Hart’s Bank. Celle-ci émettait même ses propres billets.
Ezekiel Hart, deuxième fils d’Aaron, deviendra député, mais sa religion freinera son ascension. Ses fils militeront pour faire avancer les droits des Juifs au Bas-Canada. Aaron Ezekiel deviendra par la suite le premier Juif admis au barreau.
Bertrand Desjardins/Martin Grenier
Sources :
Dictionnaire biographique du Canada, Denis Vaugeois
Commentaires
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Connectez-vousMartine Hart
Je suis une Hart, Martine Hart.
Mais nous sommes d'une famille d'Angleterre.
Il paraît que mon arrière-arrière grand-père était un Lord en Angleterre, avant d'arriver au Québec.