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Famille de la semaine

Hébert

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Chronique

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@journalmtl.com

 

Bien des hommes auraient lancé la serviette. Contre vents et marées, Samuel de Champlain reste fidèle à son rêve de fonder une société nouvelle en Amérique. Pour arriver à quelque chose, il faut cependant des colons… Contrairement aux grands bourgeois qui commanditent ses entreprises, le profit et la rentabilité ne sont pas ses seules motivations. En 1617, il convainc Louis Hébert de le suivre en Nouvelle-France.

 

Pour cet homme aventureux, né à Paris en 1575, c’est un vieux rêve qui se réalise. Fils d’un apothicaire – les médecins de l’époque – Louis Hébert avait une carrière toute tracée. Il aurait pu, comme son père, soigner les gens de la haute société parisienne. Mais un autre destin l’attendait.

 

De Port-Royal…

 

On 1606, on le retrouve en Acadie à Port-Royal, une ville fondée deux ans plus tôt. Avec Samuel de Champlain, il fait partie de l’expédition de Pierre Du Gua De Monts. L’équipage explore la côte américaine en vue d’y trouver d’autres emplacements propices à la colonisation. L’expérience n’est pas concluante. Il envisage de s’installer pour à Port-Royal. Mais après avoir été capturé et relâché par les Anglais en 1613, il retourne en France.

 

Il reprend espoir de s’installer en Amérique en 1616 lorsqu’il croise Samuel de Champlain, de passage en France pour solliciter de nouveaux appuis. Le fondateur de Québec cherche désespérément des colons. En vue d’attirer Hébert et sa famille, on lui offre des conditions alléchantes, du moins pour l’époque : un bon revenu annuel, la couverture des frais de subsistance, etc. Une occasion à saisir ! Il vend tout et quitte Paris à jamais avec sa femme Marie Rollet, ses trois enfants et… son beau-frère !

 

Arrivé sur la côte, il découvre que les conditions offertes ne sont plus celles qui avaient été convenues… C’est à prendre ou laisser, lui disent les marchands. Trop tard pour reculer. Le 11 mars 1617, les premiers véritables colons de la Nouvelle-France quittent Honfleur. Environ 33 000 autres suivront avant 1760. De ce nombre, 14 000 Français feront souche en Amérique.

 

...à Québec

 

Leur traversée est longue et très pénible… Comme le furent la plupart des traversées de l’époque à bord de petits bateaux qui pouvaient contenir jusqu’à 200 personnes. Grâce à l’historien André Lachance, nous savons que les conditions à bord étaient extrêmement difficiles.

 

Les méthodes de navigation n’étant pas au point, les naufrages étaient fréquents. La température froide ne facilitait pas les choses. Un bateau parti en mars risquait de croiser des glaces, sinon des icebergs à l’entrée du golfe Saint-Laurent. La pluie, le froid et l’humidité causaient aussi leur lot de problèmes. Il devenait impossible de faire des feux à bord. On se voyait donc obliger de manger des repas froid. Quant aux paillasses et aux hamacs, ils étaient le plus souvent détrempés.  

 

Lorsque les traversées étaient plus longues que prévues, la nourriture se gâtait, de même que l’eau, à cause de cette mer salée qui s’infiltrait. Résultat : de 7 à 10% des passagers mourraient avant même d’avoir foulé le sol de la Nouvelle-France.

 

Durant sa traversée, la femme de Louis Hébert a la peur de sa vie. Toutes ces banquises que l’on évite de justesse la plonge dans une terrible angoisse. Elle demande même à des religieux de leur donner les dernières bénédictions car elle est convaincue qu’elle et ses petits termineront dans « le ventre des poissons ».

 

Mais le 14 juin 1617, c’est le soulagement général. Enfin Tadoussac !

 

Louis Hébert et sa famille s’installent à Québec. Il arrive avec une petite cargaison de grains qui lui permet de cultiver un potager et de faire pousser des céréales, sans autres outils que ses mains et sa volonté de fer.

 

D’autres Hébert suivront. Environ 17 000 Québécois portent ce nom.

 

 (À lire : André Lachance, Séduction, amour et mariage en Nouvelle-France, Libre Expression, 2007)