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Famille de la semaine

Houde

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Chronique

 

« 1. Dehors la clique… 2. Plus vite que ça… 3. Ça presse ! »

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@quebecormedia.com

 

Voilà les trois points du programme de Camillien Houde lorsqu’il devient chef des Conservateurs québécois le 10 juillet 1929. Lui aussi voulait « faire le ménage », mettre fin à la corruption des Libéraux au pouvoir depuis 32 ans. A-t-il atteint son but ?

 

La majorité des Houde descent d’un engagé arrivé en 1647. Comme plusieurs autres pionniers recrutés par Robert Giffard et Noël Juchereau, Louis Houde (1617-1710) était un Français originaire du Perche. Le 12 janvier 1655, il épouse Madeleine Boucher, une jeune fille de 13 ans. Le couple aura 14 enfants. En tout, 31 de leurs petits-fils vont se marier et répandre leur patronyme dans la colonie.

 

Le « p’tit gars de Sainte-Marie »

 

Parmi les nombreux descendants de ce pionnier de la Nouvelle-France, Camillien Houde (1889-1958). Le jeune homme grandit à Montréal dans le quartier centre-sud – alors nommé « Sainte-Marie ». Il fait son cours « commercial » mais ne fréquente pas le Collège classique. Durant son adolescence, il impressionne le frère Marie-Victorin, son enseignant. « Quelle vitalité dans cette âme de jeune homme ! », note un jour le grand botaniste dans son journal (7 juillet 1912).

 

Jusqu’à son élection de 1923, il dirige une succursale de la Banque d’Hochelaga, se fait marchand de biscuits, importateur d’alcool, agent d’assurance. Très tôt, il s’engage chez les Conservateurs qui, à cause de la conscription de 1917, n’ont pas la cote au Québec. Ce choix partisan, estime Robert Lévesque qui lui a consacré un portrait intéressant, tiendrait surtout à des affinités familiales et à des alliances d’affaires.

 

Camilien Houde ne laisse personne indifférent. En 1924, il découvre des factures d’Yvonne Labelle, une tenancière de bordel de Montréal, dans les comptes publics du gouvernement. Plusieurs ministres sont impliqués. Le scandale est tel que, lors de l’élection de 1927, les Libéraux volent littéralement l’élection dans Sainte-Marie. La Cour d’appel du Québec ordonne la reprise du scrutin.

 

Un populiste ?

 

Comme tous les leaders populistes, Camillien Houde joue beaucoup sur ses origines modestes. Face aux dirigeants Libéraux, souvent issus des grandes familles canadiennes-françaises, proches des corporations les puissantes, il se présente comme le « p’tit gars de Sainte-Marie », la voix du peuple. Houde est un séducteur et un charmeur. C’est aussi un esprit partisan, certainement pas un homme d’idées. Son thème de prédilection ? La corruption ! Son programme ? Mettre fin au règne des Libéraux !

 

En 1928, il est élu triomphalement maire de Montréal, après avoir déclaré sa candidature à la toute dernière minute et mené une campagne éclair, aussi courte que spectaculaire. C’est l’un des premiers politiciens à se servir de la radio. Lancée en 1922, la station CKAC lui offre une tribune de choix.

 

L’année suivante, il surfe sur son immense popularité et se hisse à la tête des Conservateurs québécois. Mais son étoile commence à pâlir. Député, maire, chef de parti, il mène trop de combats en même temps, néglige l’étude des dossiers, multiplie les ennemis. En 1931, sa formation connaît un échec retentissant. Les électeurs aiment l’homme de théâtre mais l’imaginent moins premier ministre. Alors que la Crise commence à sévir, ils optent pour la continuité.

 

Ce que la mémoire a surtout retenu de lui, c’est son emprisonnement durant la Seconde Guerre mondiale. En août 1940, Houde avait invité ses compatriotes à défier une loi fédérale sur la mobilisation militaire. Son isolationnisme lui coûte quatre ans de réclusion. À sa sortie de prison, il est accueilli triomphalement par les Montréalais qui lui confient aussitôt les clefs de la ville.

 

Maire de Montréal jusqu’en 1954, son héritage n’a rien de particulièrement brillant. Sous son règne, la Métropole est même devenue l’une des plus corrompue d’Amérique du nord…

 

 (À lire : Robert Lévesque, Labelle et Camillien. Deux figures du populisme canadien-français, vlb éditeur, 2009)