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Famille de la semaine

Lavoie

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Chronique

Par Éric Bédard, Historien et professeur à la TÉLUQ

 

Les Lavoie sont environ 35 000 au Québec, ce qui les classe au 8e rang des noms les plus répandus. René et Pierre « DeLaVoye », les deux pionniers de la famille, arrivent en 1655 et en 1666. Le premier s’installe à Sainte-Anne-de-Beaupré et le second finit ses jours à Saint-Augustin. Parmi leurs nombreux descendants, Robertine, une journaliste avant-gardiste, et Daniel, un chanteur franco-manitobain qui vient tout juste de sortir son 22e album.

 

Petite fille d’une Lavoie, Robertine Barry (1863-1910) naît à l’Isle-Verte et complète ses études à Québec chez les Ursulines. Fille d’un surintendant aux exploitations forestières d’origine irlandaise, elle grandit aux Escoumins dans un milieu où l’on valorise les livres et la culture.

 

Journaliste et écrivaine

 

En 1895, elle publie Fleurs champêtres, un recueil de contes. Un critique la compare à Balzac, un autre à Georges Sand, deux géants de la littérature française du 19e siècle. En 1898, la France fait d’elle un Officier de l’Académie, un honneur qui lui permet de développer un impressionnant réseau dans le milieu littéraire français. En 1899, elle est la première femme à prononcer une conférence devant l’Institut canadien, un haut lieu de débats intellectuels à l’époque.

 

Rédactrice au journal La Patrie à partir de 1891, elle se fait connaître du grand public grâce à ses chroniques signées « Françoise ». C’est le début des pages féminines dans les journaux à grand tirage. Elle fonde et anime un bimensuel, le Journal de Françoise, de 1902 à 1909.

 

Son grand combat ? Une meilleure éducation pour les jeunes filles. Les femmes de cette époque n’avaient pas accès à l’université, ni aux écoles commerciales, deux absurdités auxquelles il fallait remédier rapidement.

 

Critique littéraire, elle est à l’affût des jeunes talents. Son salon est un carrefour où se rencontrent intellectuels, écrivains et poètes. Sa découverte la plus importante ? Émile Nelligan, qui n’a pas encore 20 ans mais dont certains poèmes passeront à l’histoire.

 

Le français, « fausse fierté » ?

 

Chanteur bien connu, Daniel Lavoie est le petit-fils d’Athanase, un Canadien français né au Québec mais qui décide de déménager au Manitoba pour refaire sa vie. L’auteur de « Jours de plaine », de « Boule qui roule » et de « Ils s’aiment » naît à Dunrae en 1949. Une ville au départ très canadienne-français mais aujourd’hui complètement anglophone. Ses parents, qui lui offrent des études chez les Jésuites, tiennent beaucoup à ce qu’il vive en français. Dès le début des années 1970, il s’installe au Québec.

 

Cette expérience franco-manitobaine fait-elle de lui un grand défenseur du français ? Pas si l’on en croit une entrevue qu’il accorde à Québec Rock en juin 1981 au moment de la sortie d’un album en anglais (Cravings). Il soutient alors que les « frontière culturelles sont vouées à disparaître peu à peu » et que l’anglais est une « langue extraordinaire, peut-être la plus parfaite pour traduire des nuances avec beaucoup de finesse ».

 

Et il ajoute : « Le Québec est une île de Français dans un océan d’Anglais, à un moment donné il sera submergé… Et je ne trouve pas ça négatif du tout… Au contraire… Notre culture n’en sera que plus diffusable (…) Il faut se débarrasser des fausses fiertés ».

 

La langue française, une « fausse fierté » ?! Étonnante déclaration de la part d’un auteur-compositeur plusieurs fois couronné pour les succès de ses belles chansons écrites dans la langue de Félix Leclerc, qu’il personnifia à la télé…

 

Quelques années plus tard, il allait changer d’avis sur la question. Dans Le Lundi du 28 novembre 1992, il dit craindre l’assimilation des Québécois, toujours possible selon lui. Mais « ce serait dommage (…) Parce que le Québec apporte quelque chose de beau et de valable à la vie des humains sur la terre ».

 

On ne saurait mieux dire !