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Famille de la semaine

Lemieux

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Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@quebecormedia.com 

Le 24 novembre 2011, le tableau 1910 Remembered du grand peintre Jean Paul Lemieux (1904-1990) s’est vendu aux enchères à 2,34 millions $ : un record ! Mais qui était donc cet artiste ?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser spontanément, le patronyme Lemieux ne désigne pas une qualité (le « meilleur ») mais un lieu. Ce minuscule village français aurait existé à la fin du moyen-âge. C’est du moins ce que des chercheurs de la famille – qui disposent d’un intéressant site web – ont découvert. Les premiers Lemieux seraient donc originaires de Mieux, au nord-ouest de la France. Il existerait près de Lisieux une ferme nommée « Mieuserie », qui serait liée au nom Lemieux.

Pierre et Gabriel

Les deux pionniers qui ont introduit ce patronyme en Nouvelle-France se prénommaient Pierre et Gabriel. Le premier est le cousin du second et arrive au tout début de la colonie, en 1635. Il fait partie de ce que l’historien Lionel Groulx appelait autrefois la « génération de l’enracinement ». Embauché par la compagnie des Cent-Associés comme maître-valet, il repart en France puis revient en 1643. Il épouse finalement Marie Benard en septembre 1647, le couple aura 7 enfants. Il meurt noyé vers 1660/1661.

Les recherches sur Gabriel, l’autre pionnier arrivé avant 1647, ont montré qu’il était un enfant illégitime. Ses parents biologiques n’avaient pas attendu leur nuit de noce pour faire l’amour. À l’époque, ces « écarts » étaient cependant tolérés lorsqu’il y avait promesse de mariage, comme c’était le cas ici. Malheureusement, son père fut emporté par la peste, une terrible maladie, aujourd’hui disparue, qui frappait souvent à l’improviste. Marié deux fois, Gabriel se lance dans l’import-export mais l’une de ses cargaisons sera confisquée par les Anglais. Selon le démographe Bertrand Desjardins, il ne s’en remettra jamais. Vers 1666/1667, il est accusé de tenir une maison de débauche. On imagine le scandale !

Peintre accessible

Parmi les nombreux descendants de la famille Lemieux, un peintre immense dont les toiles sont admirées partout dans le monde. Originaire de Québec, Jean Paul Lemieux a grandi dans une famille relativement aisée. Voyageur de commerce, son père offre chaque été à sa famille des vacances à l’Hôtel Kent House (manoir de Montmorency) ou des séjours dans Charlevoix, une région qui marque l’imaginaire du peintre.

Il fréquente l’École des beaux-arts de Montréal durant les années 1920, voyage en Europe avec sa mère, fréquente à Paris l’atelier de Clarence Gagnon, grand peintre québécois de l’époque. À son retour, il améliorer ses techniques, développe des liens avec des peintres comme Paul-Émile Borduas ou Stanley Cosgrove, plus tard célèbres.

De 1937 à 1965, il est professeur à l’École des beaux-arts de Québec. Lui et sa femme passent tous leurs étés dans Charlevoix et sur l’Isle-aux-Coudres, lieu qu’il affectionne particulièrement. Jean Paul Lemieux développe d’ailleurs une belle amitié avec l’écrivaine Gabrielle Roy qui vit à la Petite-Rivière-Saint-François. Il illustrera certains de ses romans et laissera un beau portrait de l’auteure de Bonheur d’occasion.

Si les goûts de Lemieux sont en phase avec son époque, s’il suit de près ce qui se fait ailleurs, admire certains maîtres de la peinture moderne comme Cézanne ou Gauguin, l’artiste de Québec n’a jamais produit de toiles abstraites. « La forme pour la forme », pas trop pour lui ! Chaque toile devait traiter un sujet, exprimer quelque chose du monde qui nous entoure : la vie paysanne, la vitalité urbaine, la foi religieuse, la vieillesse…

Voilà pourquoi l’art de Jean Paul Lemieux est à la portée de tous. On retrouve dans ses toiles de vrais personnages, le plus souvent situés dans un décor très québécois. Mais le Québec de Lemieux n’est pas celui des cartes postales…

Une partie de son œuvre est accessible au public au Musée national des beaux-arts du Québec.

Ça vaut vraiment le détour !