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Famille de la semaine

Lévesque

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Chronique

Par Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@journalmtl.com

 

Ces temps-ci, la politique a bien mauvaise presse au Québec. Les rumeurs de corruption y sont évidemment pour beaucoup. Mais il y a plus. Trop de nos dirigeants confondent politique et gestion, gouvernement et administration. Cette conception appauvrie de la politique nuit beaucoup à la démocratie. René Lévesque (1922-1987) l’avait bien compris.

 

Correspondant de guerre, animateur d’émissions d’affaires publiques, René Lévesque s’intéresse très tôt à la politique. Mais pas au point d’en faire une carrière. Il fait néanmoins partie de « l’équipe du tonnerre » de Jean Lesage en 1960. Même s’il est un candidat-vedette, il remporte son siège de justesse.

 

En finir avec les caisses occultes

 

Mais sa première campagne électorale vient tout près de la dégoûter à jamais de la politique. Il est d’abord frapper par les sommes gaspillées pour distribuer des dépliants insignifiants, publier des publicités tape-à-l’œil et fabriquer des babioles inutiles. Beaucoup d’argent circule dans des enveloppes. On finance les candidats dans l’espoir d’obtenir des contrats, non pour soutenir des idées…

 

Une conviction le gagne : pour valoriser la politique et donner le goût de l’engagement, il fallait faire disparaître ces pratiques. Dès le début des années 1960, il est convaincu que les dépenses électorales devaient être plafonnées et que l’État devait contribuer financièrement aux campagnes des formations politiques.

 

Devenu chef du Parti québécois, sa volonté de réformer les mœurs électorales ne fait que s’accroître. Sur toutes les tribunes, il ne cesse de dénoncer les « vieux partis », captifs de leur caisse électorale. « Sans complot ténébreux, et bien sûr sans jamais d’écrits compromettants, ils s’en vont ainsi depuis toujours, bras dessus bras dessous, larrons en foire, Big Business et vieux partis… » (Clairon de Saint-Hyacinthe, 22 octobre 1969).

 

Dès les lendemains de son élection comme premier ministre, René Lévesque lance une grande réforme pilotée par Robert Burns. Désormais, seuls les électeurs pourront financer les partis, non les compagnies. Et pas plus de 3000$ par citoyens. Par souci de transparence, la liste des donateurs sera publiée par le Directeur général des élections. Les témoins sont unanimes. Cette réforme lui tenait à cœur plus que tout. Peut-être davantage que la question nationale…

 

Canaliser l’énergie des jeunes

 

Les indépendantistes les plus militants lui en ont beaucoup voulu. On lui a reproché sa stratégie étapiste du « bon gouvernement », sa question référendaire alambiquée, son « beau risque » fédéraliste après l’élection des Conservateurs de Brian Mulroney en 1984.

 

Avec le recul que permet l’Histoire, on peut voir les choses autrement. René Lévesque a peut-être trop louvoyé et erré stratégiquement mais cela ne saurait entacher la grandeur du personnage.

 

Il faut se rappeler que le Québec du tournant des années 1960 et 1970 était une véritable poudrière. Les parents de Saint-Léonard s’entre-déchiraient sur la question de l’enseignement du français. De nombreux jeunes étaient tentés par l’action révolutionnaire et la violence terroriste du FLQ (ou d’autres groupes semi-clandestins). On aspirait à un monde nouveau que la politique des politiciens à la petite semaine ne pouvait offrir… Les élections ? « Des pièges à cons ! » répétaient des apprentis-révolutionnaires qui venaient de découvrir Marx ou Marcuse.

 

Le fondateur du PQ en était très conscient et craignait ces débordements. N’est-ce pas l’immense contribution de René Lévesque que d’avoir canalisé l’énergie de cette turbulente jeunesse vers un grand combat national ? Grâce à son attachement viscéral à la démocratie, n’a-t-il pas évité d’autres enlèvements et d’autres assassinats inutiles ?

 

Pour René Lévesque, la politique n’était pas qu’une affaire de chiffres. Il s’agissait d’une activité noble qui engageait des valeurs, des idées, une vision. Faire de la politique, ce n’était pas seulement équilibrer des budgets mais offrir un grand projet.

 

C’est seulement lorsqu’elle se fait l’écho d’une aspiration plus élevée pour le Pays et le genre humain que la politique intéresse, stimule, suscite l’engagement.

 

(Le site de sa Fondation René-Lévesque : fondationrene-levesque.org)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@journalmtl.com 

Ces temps-ci, la politique a bien mauvaise presse au Québec. Les rumeurs de corruption y sont évidemment pour beaucoup. Mais il y a plus. Trop de nos dirigeants confondent politique et gestion, gouvernement et administration. Cette conception appauvrie de la politique nuit beaucoup à la démocratie. René Lévesque (1922-1987) l’avait bien compris.

Correspondant de guerre, animateur d’émissions d’affaires publiques, René Lévesque s’intéresse très tôt à la politique. Mais pas au point d’en faire une carrière. Il fait néanmoins partie de « l’équipe du tonnerre » de Jean Lesage en 1960. Même s’il est un candidat-vedette, il remporte son siège de justesse.

En finir avec les caisses occultes

Mais sa première campagne électorale vient tout près de la dégoûter à jamais de la politique. Il est d’abord frapper par les sommes gaspillées pour distribuer des dépliants insignifiants, publier des publicités tape-à-l’œil et fabriquer des babioles inutiles. Beaucoup d’argent circule dans des enveloppes. On finance les candidats dans l’espoir d’obtenir des contrats, non pour soutenir des idées…

Une conviction le gagne : pour valoriser la politique et donner le goût de l’engagement, il fallait faire disparaître ces pratiques. Dès le début des années 1960, il est convaincu que les dépenses électorales devaient être plafonnées et que l’État devait contribuer financièrement aux campagnes des formations politiques.

Devenu chef du Parti québécois, sa volonté de réformer les mœurs électorales ne fait que s’accroître. Sur toutes les tribunes, il ne cesse de dénoncer les « vieux partis », captifs de leur caisse électorale. « Sans complot ténébreux, et bien sûr sans jamais d’écrits compromettants, ils s’en vont ainsi depuis toujours, bras dessus bras dessous, larrons en foire, Big Business et vieux partis… » (Clairon de Saint-Hyacinthe, 22 octobre 1969).

Dès les lendemains de son élection comme premier ministre, René Lévesque lance une grande réforme pilotée par Robert Burns. Désormais, seuls les électeurs pourront financer les partis, non les compagnies. Et pas plus de 3000$ par citoyens. Par souci de transparence, la liste des donateurs sera publiée par le Directeur général des élections. Les témoins sont unanimes. Cette réforme lui tenait à cœur plus que tout. Peut-être davantage que la question nationale…

Canaliser l’énergie des jeunes

Les indépendantistes les plus militants lui en ont beaucoup voulu. On lui a reproché sa stratégie étapiste du « bon gouvernement », sa question référendaire alambiquée, son « beau risque » fédéraliste après l’élection des Conservateurs de Brian Mulroney en 1984.

Avec le recul que permet l’Histoire, on peut voir les choses autrement. René Lévesque a peut-être trop louvoyé et erré stratégiquement mais cela ne saurait entacher la grandeur du personnage.

Il faut se rappeler que le Québec du tournant des années 1960 et 1970 était une véritable poudrière. Les parents de Saint-Léonard s’entre-déchiraient sur la question de l’enseignement du français. De nombreux jeunes étaient tentés par l’action révolutionnaire et la violence terroriste du FLQ (ou d’autres groupes semi-clandestins). On aspirait à un monde nouveau que la politique des politiciens à la petite semaine ne pouvait offrir… Les élections ? « Des pièges à cons ! » répétaient des apprentis-révolutionnaires qui venaient de découvrir Marx ou Marcuse.

Le fondateur du PQ en était très conscient et craignait ces débordements. N’est-ce pas l’immense contribution de René Lévesque que d’avoir canalisé l’énergie de cette turbulente jeunesse vers un grand combat national ? Grâce à son attachement viscéral à la démocratie, n’a-t-il pas évité d’autres enlèvements et d’autres assassinats inutiles ?

Pour René Lévesque, la politique n’était pas qu’une affaire de chiffres. Il s’agissait d’une activité noble qui engageait des valeurs, des idées, une vision. Faire de la politique, ce n’était pas seulement équilibrer des budgets mais offrir un grand projet.

C’est seulement lorsqu’elle se fait l’écho d’une aspiration plus élevée pour le Pays et le genre humain que la politique intéresse, stimule, suscite l’engagement.

(Le site de sa Fondation René-Lévesque : fondationrene-levesque.org)