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Famille de la semaine

Morency et Montmorency

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Chronique







INTERDIRE LA BOISSON AUX «SAUVAGES»

 

par Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ)
 
 
Nous serons nombreux à lever le coude durant le temps des fêtes. L’alcool fait désormais partie de nos vies. Un représentant de l’Église qui militerait pour en interdire la vente ou la consommation passerait un bien mauvais quart d’heure! Tel n’a pas toujours été le cas. Le 5 mai 1660, le vicaire François de Montmorency-Laval menaçait d’excommunier ceux qui vendraient de l’alcool aux «sauvages». 
 
 
Les Morency et les Montmorency du Québec descendent tous du même ancêtre, un certain Guillaume Baucher dit Montmorency/Morency (1630-1687). On sait peu de choses de lui sinon qu’il était un illettré, qu’on lui offre une terre à l’île d’Orléans en avril 1656 et qu’il épouse quelques semaines plus tard Marie Paradis, une jeune fille de 14 ans. Le couple a 13 enfants, dont deux fils : Joseph et Guillaume. Le premier est à l’origine de la branche des Montmorency, le second des Morency. Les descendants de ce dernier seront beaucoup plus nombreux. Sans lien de parenté avec le pionnier de la famille, le Montmorency dont l’histoire retiendra le nom ne pouvait laisser de descendant.
 
 
Premier évêque en Nouvelle-France
 
 
Premier évêque en Nouvelle-France, François de Montmorency-Laval (1623-1708) est issu d’une famille de la haute noblesse. Béatifié par le pape Jean-Paul II en 1980, ce mystique quitte le port de La Rochelle le 13 avril 1659. 
 
Sa mission ? Fonder une Église et évangéliser les « sauvages » dans ce Nouveau Monde mystérieux dont parlent les missionnaires Jésuites dans leurs Relations, des écrits très lus à l’époque. Le contact avec ces peuplades qu’on dit non-civilisées fascine les femmes et les hommes de foi qui cherchent à donner un sens à leur existence.
 
 
Fini le « petit coup » !
 
 
L’une des premières mesures prise par ce vicaire apostolique est d’interdire la vente d’alcool aux amérindiens, sous peine d’être exclu de l’Église. Le message est clair: «Il ne sera aucunement permis de donner aucune boisson aux Sauvages, non pas même ce petit coup.» Cette décision est approuvée par le roi en personne et par la faculté de théologie de la Sorbonne, à Paris.
 
 
Dans la Nouvelle-France de l’époque, les marchands utilisaient souvent l’alcool comme monnaie d’échange pour obtenir des fourrures. Cette pratique commerciale scandalisait les clercs qui tentaient de convertir les amérindiens au christianisme et de promouvoir une morale plus saine.
 
 
Comme l’explique bien Catherine Ferland dans Bacchus en Canada (Septentrion, 2010), un livre remarquable, le clergé jugeait que la consommation excessive des amérindiens provoquait chez eux des comportements irrationnels et un relâchement des mœurs sexuels, ce qui entravaient leur travail d’évangélisation.
 
 
«Sans l’eau-de-vie, écrit un chroniqueur proche du clergé de l’époque, nous aurions des milliers d’exemples de conversion parmi les Sauvages; mais cette liqueur est pour eux un appât diabolique, qui entraîne presque tous ceux d’entre eux qui fréquentent les Français. On les voit tous périr par ce malheureux commerce.»
 
 
La colère de Dieu
 
 
Mais les excommunications seront rares. Le 5 février 1663, un violent tremblement de terre survient en Nouvelle-France. Les clercs y voient un signe. Choqué par la dépravation des mœurs, Dieu aurait envoyé un signal… Plusieurs marchands ont la frousse de leur vie ! Dans le silence du confessionnal, ils souhaitent faire pardonner leurs pratiques commerciales douteuses. Promis: ils ne recommenceront pas…
 
 
Promesse d’ivrogne ?!
 
 
Dans l’ensemble, la conversion des amérindiens à la religion catholique n’a pas été un grand succès. S’en prendre au commerce de l’alcool était probablement un prétexte facile pour expliquer son échec.
 
 
 
(Le texte du mandement se trouve dans un excellent recueil qui vient juste de paraître : Charles-Philippe Courtois et Danic Parenteau (dir.), Les 50 discours qui ont marqué le Québec, éditions CEC)