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Paquette - Paquet - Pasquier

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Chronique

 

Zéphirin et Marie-Louise, couple d’entrepreneurs

Éric Bédard, Historien et professeur 

À la fin du 19e siècle, l’industrie du vêtement est l’une des plus prospères au Québec. Parmi les entrepreneurs les plus dynamiques de ce secteur, le couple Zéphirin et Marie-Louise Paquet, fondateurs d’une grande entreprise de Québec.

Selon l’historien et généalogiste Marcel Fournier, tous les Paquet/Paquette et Pasquier du Québec ont les mêmes origines. La plupart venaient de la région du Poitou . Parmi ceux-là, Philippe Pasquier, né autour de 1637, arrive en Nouvelle-France en 1664. Manœuvre et fermier, il s’établit à l’île d’Orléans et marie Françoise Gobeille qui n’a que 13 ans. Le couple aura 10 enfants. De son côté, Isaac Pasquier dit Lavallée est un militaire qui vient combattre les Iroquois qui menacent la colonie. Après avoir servi trois ans dans l’armée, il s’installe en Nouvelle-France en 1668. Lui et sa femme Élisabeth Meunier auront 14 enfants.

Vêtement, industrie florissante

Le Québec est l’une des dernières sociétés occidentales à avoir vécu sa révolution industrielle. L’économie québécoise est longtemps dominée par l’agriculture et les ressources naturelles – surtout le poisson, la fourrure et le bois. La confection des vêtements était artisanale, les beaux habits et jolies toilettes importés d’Europe.

Ce n’est qu’à la fin du 19e siècle, durant les années de la grande dépression qui débute en 1873, que des entrepreneurs commencent à fabriquer des produits de la consommation courante. Cet essor industriel est la conséquence directe de la « politique nationale » protectionniste appliquée par le gouvernement conservateur de John A. Macdonald. Pour appuyer les entrepreneurs d’ici, l’État canadien taxe fortement les produits étrangers.

Parmi les industries qui connaissent alors la plus forte expansion, il y a celle de la chaussure, du textile et du vêtement. Selon les données de Jean Hamelin et d’Yves Roby, la valeur de la production manufacturière de vêtements serait passée de 28 000 $ à 16,5 millions de dollars de 1861 à 1901. 

« Pas de crédit »

L’entrepreneur Zéphirin Paquet (1818-1905) de Québec flaire rapidement la bonne affaire. Entrepreneur dans l’âme, il commence dans le secteur laitier. Mais pendant qu’il prend soin de ses vaches, son épouse Marie-Louis Hamel confectionne et vend des chapeaux et des vêtements. Ses produits se vendent bien, sa clientèle ne cesse de grossir. En 1849, le couple décide donc de se concentrer dans ce secteur d’activités. Une excellente décision !

Après que leur premier magasin eut passé au feu en 1866, Zéphirin et Marie-Louise prennent la décision audacieuse de s’installer dans le quartier Saint-Roch, sur la rue Saint-Joseph. En 1878, ils font l’acquisition d’un immeuble de quatre étages. Douze ans plus tard, l’entreprise des Paquet fait travailler environ 150 personnes. Si tous les enfants s’impliquent dans l’entreprise, c’est Joseph-Arthur qui prendra la relève. Sénateur nommé par Wilfrid Laurier, celui-ci poursuit sur la lancée de ses parents.

La devise de l’entreprise ? « La meilleure marchandise à meilleur prix » ! Les clients appréciaient la diversité des tissus et des fourrures. Dans un panégyrique anonyme consacré à Zéphirin Paquet, préfacé par le frère Marie-Victorin, on décrit les principes de cet homme d’affaires énergique, débrouillard et très économe.

Parmi les règles qui font sourire aujourd’hui, il y a celle du « Pas de crédit » ! Chez les Paquet, il fallait toujours payer comptant. « Le comptant, explique l’auteur, transforme immédiatement la marchandise en propriété personnelle, en capital productif et le soustrait à tout risque hypothécaire ». Une autre époque !

Pour écouler le stock, il y avait les catalogues mais surtout les vendeurs qui assaillaient les clients dès leur entrée dans le magasin. À ceux qui se plaignaient de ces méthodes un peu agressives, Zéphirin avait sa réponse toute prête : « Oui ! Oui ! des manières, et pas d’argent. Moi, j’estime qu’il vaut encore mieux, moins de politesse et plus d’argent » !

Voilà un homme qui n’était pas né pour un petit pain !