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Famille de la semaine

Vollant

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Chronique

 

Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) | eric.bedard@quebecormedia.com

Le Québec doit beaucoup aux ancêtres des Montagnais. Sans leur amitié, les premiers Français n’auraient pu s’implanter dans la vallée du Saint-Laurent. Cette belle collaboration débute en mai 1603 à Tadoussac lors d’une fête mémorable…  

Si les Vollant les plus connus sont des Montagnais (ou des Innus), tous ont une origine française. Leur ancêtre, Pierre (1760-1799), a été le fils de François, un Français originaire de St-Germain-en-Laye, arrivé en Nouvelle-France au cours des années 1740. Commerçant de fourrures pendant une quinzaine d’années au poste des Îlets-Jérémie, situé à 125 km de Tadoussac, Pierre Vollant a fait six enfants à deux Montagnaises. L’une d’elles, Marie-Jeanne Kaiapishapishit, était la fille d’un chef de tribu. Peu à peu, les descendants du couple, même s’ils vont se marier à des Montagnaises, adopteront le nom de Vollant.

La grande alliance

Établis sur les terres qui longent la Côte-Nord et la rivière Saguenay, les Montagnais n’ont apparemment jamais perçu les Français comme une menace. En mai 1603, ils accueillent chaleureusement l’équipage de François du Pont-Gravé, un marin originaire de Saint-Malo. L’homme compte dans son équipage deux Montagnais qui parlent français, car ils viennent de passer une année en France. Ces interprètes vont jouer un rôle clé dans le rapprochement.

À bord du même équipage, un autre personnage clé : Samuel de Champlain. Cartographe de talent, il est le représentant personnel d’Henri IV, un grand roi tolérant qui a mis fin aux guerres de religions dans son pays. Même s’il souhaitera plus tard les convertir à la religion catholique et aux mœurs européennes, Champlain respecte les Amérindiens et, contrairement aux Espagnols, il trouve important d’en faire des alliés et de tisser des liens de confiance.

Les voyageurs français arrivent à Tadoussac à un bon moment. Les Montagnais organisent une « tabagie », c’est-à-dire un festin, une grande fête pendant laquelle on fume du tabac, un produit inconnu des Européens de l’époque. Des Amérindiens de toute la vallée du Saint-Laurent sont présents. Les Français, qui ne passent pas inaperçus, sont reçus avec égard. Après que les deux interprètes montagnais eurent raconté leur voyage en Europe, François du Pont-Gravé offre l’amitié du roi Henri IV aux chefs amérindiens présents.
Selon ce que rapporte Champlain, Anadabijou, au nom des Montagnais, affirme qu’il « était fort aise que sa dite Majesté peuplât leur terre, et fît la guerre à leurs ennemis, qu’il n’y avait nation au monde à qui ils voulussent plus de bien qu’aux Français ». Cette parole d’amitié marque le début d’une longue et fructueuse alliance.
 
Orignal… et striptease !

Une fois ces bonnes paroles échangées, la fête peut commencer ! On offre aux Français de la chair d’orignal, d’ours, de loup marin et de castor, mais pas d’alcool. Les Amérindiens en ignoraient encore l’existence. Après le festin, les danses. Elles fascinent d’ailleurs Champlain. Celle du scalp d’abord. Les hommes chantent et agitent la chevelure encore ensanglantée de leurs derniers ennemis.

Plus tard, ce sont les femmes qui se mettent de la partie. Le spectacle ne manque pas de piquant pour ces Français pudiques du 17e siècle. Durant l’une de leur danse, raconte Champlain, « toutes les femmes et filles commencèrent à quitter leur robe de peau, et se mirent toutes nues montrant leur nature ». Lors d’une autre danse, autour des hommes de se dénuder.

Même s’il semble amusé, Champlain n’en n’est nullement choqué ou indisposé. Au contraire, il est impressionné par la beauté des Amérindiens. « Ce sont des gens bien proportionnés de leur corps, sans aucune difformité ». Les femmes, précise-t-il, sont même « potelées » ! Rien pour lui déplaire, apparemment… Durant ces réjouissances, Champlain découvre des peuples « d’une humeur assez joyeuse » qui aiment fêter et rire.

La tabagie de 1603, c’est l’histoire du Québec qui commence par une fête !

Bonne Saint-Jean-Baptiste !