Alexis Tremblay, bâtisseur de pays | Le Québec, une histoire de famille
Portrait de amethot

 

Par Éric Bédard

 

Au Québec, les Tremblay sont littéralement partout ! À l’usine comme à l’université ; à la ville comme à la campagne. Des gens fiers qui n’ont pas eu peur des défis et des grandes aventures. C’est du moins ce que laisse entendre l’inspirante devise de leur association familiale : « tremble et va sans biais »… Dit autrement : sois attentif à ce qui t’entoure et fonce !

 

Des Tremblay qui ont foncé, qui ont pris des initiatives, qui nous ont fait voir le monde autrement, il y en a eu plusieurs dans notre histoire.

 

Aujourd’hui, le plus célèbre d’entre eux est certainement l’écrivain Michel Tremblay dont certaines pièces de théâtre sont traduites en polonais, en italien, en anglais, en yiddish, etc. et jouées sur les scènes du monde entier. Sa pièce Les Belles-Sœurs, produite pour la première fois en 1968, fait désormais partie de nos classiques. Par ses succès internationaux, mais aussi par sa façon de manier la langue, Michel Tremblay nous a rendus plus sûrs de nous. Grâce à lui, nous savons maintenant que la langue parlée des Québécois regorge d’expressions imagées et poétiques, qu’elle est un apport inestimable à la francophonie.

 

La colonisation du Saguenay

Un autre Tremblay nous a permis de voir grand. Alexis Tremblay dit Picoté (1787-1859) a très tôt rêvé de défricher les terres du Saguenay. Comme la plupart des Canadiens français de son temps, il est au départ un honnête cultivateur. Mais les terres de Charlevoix n’étant pas les meilleures, il ambitionne de jouer un rôle dans le commerce du bois, alors en pleine expansion.

 

C’est qu’à l’époque, l’Angleterre est le pays le plus industrialisé du monde. Incapables de s’approvisionner en bois sur le continent européen, alors contrôlé par la grande armée de Napoléon, les Anglais se tournent vers leurs colonies. Pour un marchand de bois comme William Price, bien implanté dans la région de Québec, les belles forêts du Saguenay sont très alléchantes. De leur côté, bien des Canadiens français comme Alexis Tremblay veulent coloniser notre territoire et tirer un meilleur parti de ses immenses richesses. En 1836, lui et 1 800 autres personnes signent une pétition qui réclame l’ouverture des terres du Saguenay.

 

L’année suivante, Alexis Tremblay et 20 autres citoyens, « tous propriétaires et censitaires de terre dans la paroisse de La Malbaie » peut-on lire dans le document officiel, forment la célèbre Société des Vingt-et-Un. Pressées par les autorités de la colonie, la Compagnie de la Baie d’Hudson, à qui appartenaient les terres du Saguenay, permet la coupe de bois. Le 25 avril 1838, une première équipée se rend au Saguenay. Installés à l’Anse-Saint-Jean et à Grande-Baie, les hommes bûchent tout l’été. Le premier hiver est rude, trois personnes meurent.

 

De 1838 à 1842, dans des conditions inimaginables pour nous, les hommes d’Alexis Tremblay réussissent à construire et à équiper 9 scieries. Hélas ! la Société des Vingt-et-Un ne réussit pas à rentabiliser ses opérations. Le marchand William Price rachète tout et prend ainsi le contrôle de l’exploitation forestière de la région pendant longtemps. En 1843, les scieries du Saguenay produisent déjà plus de 120 000 billots par année.

 

Alexis Tremblay ne baisse pas les bras. En 1848, il réunit la somme de 10 000$ et fonde avec d’autres la Société des défricheurs de la Rivière-au-Sable sur le site de ce qui deviendra Jonquière. Souvent dirigées par des curés missionnaires, plusieurs autres sociétés de colonisation vont voir le jour durant ces années. Entre 1841 et 1850, la population passera de 600 à plus de 6000 habitants. En 1850, le premier bureau de poste ouvre à Grande-Baie ; en 1870, la région compte déjà 21 paroisses.

 

Chacun à leur manière, Michel et Alexis Tremblay auront été des visionnaires inspirants.

 

Lisez chaque dimanche la chronique de notre historien Éric Bédard dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec.

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