La « castonguette » | Le Québec, une histoire de famille
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Éric Bédard, Historien et professeur (TÉLUQ) 

Pendant longtemps, la « carte soleil » s’est appelée la « castonguette ». Père de la loi sur l’assurance maladie, Claude Castonguay a été l’un des principaux architectes de notre système de santé.

La famille Castonguay est propre au Québec. Personne ne porte ce patronyme en France. L’ancêtre de la famille s’appelle Gaston Guay. Baptisé le 4 septembre 1630, ce Français originaire de la région parisienne émigre en Nouvelle-France vers 1670 avec son épouse Jeanne Prévost et ses six enfants. Débrouillard, il met la main sur une seigneurie en 1678 mais s’éteint prématurément en 1682. Ses descendants s’appelleront « Guay » mais aussi « Gastonguay », « Gastongué » et « Castonguay ».

Actuaire au service de la nation

Claude Castonguay est né le 8 mai 1929, quelques mois avant que n’éclate la plus grosse crise économique de l’histoire. Fils de la classe moyenne de Québec – son père administre le journal L’Action catholique  – il ne ressent pas trop les contrecoups de ces années noires.

En septembre 1948, il débute ses études à la Faculté des sciences de l’Université Laval. Il aime les mathématiques et rêve de devenir actuaire. Embauchés principalement par les compagnies d’assurance, les actuaires sont des spécialistes des méthodes statistiques. 

Pionnier d’une profession en pleine expansion, Castonguay doit s’exiler à Winnipeg pendant un an et compléter sa formation à distance pour être reconnu par la Society of Actuaries de Chicago en 1958. Embauché par l’Industrielle, il développe le programme d’actuariat de l’Université Laval.

Son ambition ? Assurer une vraie présence des Canadiens français dans les plus hautes sphères de l’économie. « Dans la plupart des domaines d’activités, écrit-il dans ses mémoires à propos des années 1950, les francophones occupaient des emplois subalternes et fournissaient une main-d’œuvre docile et bon marché. J’avais le sentiment que, au Québec, les voies vers l’avenir étaient bloquées ». 

Un seul mandat

Fort de ses compétences, Claude Castonguay travaille à débloquer l’avenir, avec ceux de sa génération. Jean Lesage lui demande de dessiner la maquette de ce qui deviendra la Régie des rentes du Québec. En 1966, Daniel Johnson lui confie la présidence d’une grande Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social. Son rapport recommandera la mise en place d’un régime public et universel de santé.

Recruté par les Libéraux de Robert Bourassa lors de l’élection de 1970, Claude Castonguay accepte de se lancer en politique mais à une condition : pas question de faire plus qu’un seul mandat ! Une condition qu’il respectera à la lettre.

Aussitôt nommé ministre, il présente la loi sur l’assurance maladie qui entre en vigueur le 1er novembre 1970. Il rencontre aussitôt des difficultés avec le lobby des médecins spécialistes. S’il consent à ce que ceux-ci restent des entrepreneurs, il interdit la facturation directe aux patients. En pleine crise d’Octobre, ceux-ci déclenchent une grève sauvage. « Leur comportement m’a fait voir à quel point ils vivaient dans une tour d’ivoire », écrit-il dans ses mémoires.

Grâce à leur « castonguette », les Québécois peuvent se présenter partout pour recevoir les soins nécessaires, dans les hôpitaux, dans les CLSC où chez leur médecin de famille. Dans ses mémoires, il se dit « profondément déçu par l’évolution du système » dont la « bureaucratie lourde et contraignante » coûte de plus en plus cher. Assisté de Michel Venne et de Joanne Marcotte, il publie en 2008 En avoir pour son argent, un rapport qui propose une réorganisation du système de santé et de nouvelles sources de financement. Aucune suite ne sera donnée.

Au printemps dernier, l’octogénaire se retrouve de nouveau sur la sellette. Au milieu du printemps érable, il agit en médiateur. Il invite le gouvernement à entamer de vraies négociations avec les étudiants et il demande à ces derniers de ne pas entraîner le Québec « dans la voie de l’anarchie ».

(À lire : Claude Castonguay, Mémoire d’un révolutionnaire tranquille, Boréal, 2005)

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