Féministe et traditionaliste | Le Québec, une histoire de famille
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Éric Bédard, Historien et professeur 

Les premières féministes croyaient davantage à la complémentarité des sexes qu’à leur stricte égalité. Spécialiste de ce qu’on appelait alors « l’économie domestique » et farouche défenseure des « écoles ménagères », Éveline Leblanc (1898-1977) incarne ce courant oublié, à la fois féministe et traditionnaliste.

Contrairement à d’autres familles, les Leblanc du Québec ont de nombreux ancêtres. Plusieurs pionniers portant ce nom ont immigré dans la vallée du Saint-Laurent, parfois via l’Acadie, où cette famille est aussi importante que celle des Tremblay au Québec. Ces Leblanc d’Acadie se sont souvent installés sur les Îles de la Madeleine ou en Gaspésie.

Une éducation « pratique » 

Dès le 19e siècle, l’éducation des jeunes filles a préoccupé nos élites. Aux yeux des pédagogues du clergé, celles-ci devaient recevoir une éducation pratique, concrète, terre à terre. Elles devaient apprendre à coudre, à faire la cuisine et le ménage, d’un mot se préparer à leur vocation de mère de famille. « Son esprit, ami des détails, peu fait pour les idées abstraites, est parfaitement propre à ces occupations absorbantes qui exigent une attention de tous les instants » (L’Enseignement supérieur, 1904)…

C’est dans cet esprit qu’on crée les écoles ménagères. La première est fondée à Roberval en 1882. La seconde, plus importante, est inaugurée à Saint-Pascal de Kamouraska en 1905. Sa devise : « Le labeur vient à bout de tout » ! En plus des matières de base (français, histoire), on y enseigne l’art de l’éducation, l’art culinaire, l’hygiène, la médecine domestique, l’entretien des vêtements, la tenue de maison, etc. L’école offre bientôt une formation « classico-ménagère » aux futures « maîtresses d’enseignement ménager ».

Originaire de Bonaventure en Gaspésie, Éveline Leblanc est l’une des fières diplômées de l’école de Saint-Pascal. Durant l’année 1914-15, elle prononce des conférences dans 11 paroisses montréalaises sur les vertus de l’économie domestique. Elle essaime son savoir à travers le Québec, où voit le jour des « Écoles Ménagère Provinciales » un peu partout. Femmes de conviction, propagandiste efficace, elle est nommée chef du Service de l’enseignement ménager québécois en 1944.

Mère, une profession ?

Dans un texte publié en 1948, Éveline Leblanc rejette avec force cette croyance voulant que les hommes et les femmes « ne sont pas différents ». Voulue par Dieu, cette différence était naturelle à ses yeux. La remettre en question, c’était briser l’harmonie familiale. 

La vocation fondamentale de la femme pour la société était d’éduquer les enfants et de tenir maison. Il fallait donc lui offrir une « forme d’éducation adaptée à l’orientation professionnelle de la jeune fille, c’est-à-dire la préparation au rôle d’épouse et de mère ». Car aux yeux d’Éveline Leblanc, être épouse et mère était une vraie profession dont il fallait apprendre la science et les techniques.

Les écoles ménagères seront abolies par la Révolution tranquille et les féministes comme Éveline Leblanc tomberont dans l’oubli. Il restera néanmoins quelque chose de cet enseignement, qu’on pense à nos cours d’économie familiale du secondaire, disparus récemment. L’objectif de ce cours était cependant moins de former de bonnes mères que de faire éclater les stéréotypes sexistes !

2013, l’année des Filles du Roy !

La Société d’histoire des Filles du Roy et la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire commun nous proposent cette année un beau calendrier d’activités pour souligner le 350e anniversaire de l’arrivée des premières filles du roy. Entre 1663 et 1673, elles seront environ 800 à s’installer en Nouvelle-France. L’été prochain, 36 femmes vont personnifier ces orphelines, parties à l’aventure pour trouver un mari et fonder un pays. À bord du navire français La Recouvrance, elles traverseront l’Atlantique et inaugureront, le 7 août, les Fêtes de la Nouvelle-France de Québec. 

(À lire : Nicole Thivierge, Écoles ménagères et instituts familiaux : un modère féminin traditionnel, IQRC, 1982)

 
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